vagabonde

Les rapports avec l’autre

Ceci est un bilan personnel, sans trop rentrer dans les détails, plus qu’un article « comment faire pour ». 
Le seul « faire pour » que je peux donner sans me planter c’est : faites pour vous même avant de vouloir faire pour les autres. Et vous verrez que beaucoup, beaucoup de choses feront sens et se révèlerons.
Je dois m’en rappeler aussi, quand je doute de ma propre valeur. 

 

Je suis très nostalgique des relations que nous avions les uns les autres quand nous étions gamins.  1996, l’année de mes 13 ans, les réseaux sociaux n’existaient pas, les portables n’étaient que pour les adultes, on s’en foutait royalement. Le seul souci qu’on avait c’était que les parents disent non si on voulait aller dormir chez la copine le samedi soir. Les soirées pyjamas en feuilletant des magazines débiles pour ado (qui comparés à maintenant étaient clairement des lectures d’enfants de chœur) et à discuter du collège, de la cantine dégueu, des prochaines fêtes foraines du village et des quelques boys band qui sévissaient. C’était la compagnie que nous recherchions, être avec l’autre pour vivre à fond des aventures, sans filtres. La cruauté des gosses existait bien sûr, mais était moins puissante, moins « portée » comme elle peut l’être de nos jours. Dans notre petite région tranquille on entendait jamais rien de grave arriver, on pouvait faire pratiquement ce qu’on voulait, on ne redoutait pas. C’était des années bénies où le cœur était plus léger, pendant un temps.
2 ans plus tard la spiritualité s’éveillait en moi, et le peu de rapports que j’avais déjà se sont peu à peu étiolés. INFP par excellence, bien que maintenant cela se soit un peu dilué, on ne peut pas dire que la partie « amitié » de ma vie jusqu’ici ait été franchement positive. J’ai eu des périodes régulières de vide abyssal où mes rapports avec les autres ne reposaient que sur la peur d’être jugée teintée d’un certain mépris/colère/incompréhension de ma part.  J’ai fait la connaissance de beaucoup de monde, mais je me suis attachée à très peu de personnes, et ayant des pics d’évolution inattendus et fréquents, je les perdais en route, étant trop « changeante » pour eux.

La spiritualité et l’amitié, dans mon cas, n’a pas fait bon ménage jusqu’à très récemment. Si l’on parle quasi exclusivement des rapports amoureux dans ce domaine (99% de bullshit) l’amitié en revanche passe allègrement à la trappe. J’ai toujours pensé que l’amitié faisait bien plus de dégâts que l’amour, car les projections y sont 2 fois plus fortes. Perdre son/sa copain(e) ou perdre sa/son meilleure amie, c’est très différent. Bien que je n’ai jamais mis l’amitié sur un piédestal, mes rapports amicaux ont toujours beaucoup plus compté que mes rapports amoureux. Et, probablement parce que je les vis comme tels, ont ils été rares mais (trop) puissants et souvent destructeurs. Mais qu’en est-il de nos jours quand on voit à quel point tout est fucked up ? Je suis toujours très partagée entre un ultra optimisme et un profond désarroi envers les autres et le peu de relations que j’essaie de nouer.
S’il y a bien une notion qui n’échappe pas non plus à la spiritualité c’est celle de la compétition, même et surtout entre « ami(e)s ». Parce qu’on aimerait être celle qui a le plus de capacités, qui comprend/sait mieux les choses, pour épater, voire inspirer la crainte. Que se soit dans des cercles ou à deux, j’ai pu bien assez voir ce genre de dégâts, sans oublier les influenceurs spirituels autour desquels une superbe aura de gourou (dans le sens péjoratif du terme) en mal de reconnaissance gravite et qui en voulant « aider » les autres ne font que les rendre malades et infestés d’insécurités qui n’existaient pas avant.
Cette envie de compétition se résorbe lorsque l’on arrive à aller au-delà de soi et que l’on se rend compte que la seule personne qu’on a besoin d’épater c’est soi-même. Mais cela prend énormément de temps et ne se fait pas sans mal. Pour moi ce qui m’a permis d’ajuster mes relations aux autres c’est ma spiritualité, c’est à dire, la façon dont je vois la vie, comment je choisis de la vivre incluant donc les gens autour de moi. Les deux sont interconnectés, 50% de travail sur moi et 50% de travail grâce aux interactions avec les autres, ces échanges sont constants, même lorsque je crois me replier dans ma grotte.
Timide maladive pendant très longtemps j’étais un vrai caméléon qui s’adaptait suivant les gens, tout en gardant au fond de moi des bases qui ne changeaient que très peu. On m’a souvent dit que lorsque j’étais avec quelqu’un je finissais par le « copier » ou comme par hasard je me mettais à aimer les mêmes choses. Mais 2 points sont à prendre en compte dans cette part de jugement : je suis quelqu’un de très curieux et ouvert, quand je sens une connexion je l’exploite à fond ; j’attirais à moi les gens qui allaient m’apporter des choses pour me faire évoluer, donc automatiquement je m’intéressais à leur propres intérêts. C’était d’une logique déconcertante et pourtant j’ai souffert longuement de cette pique que l’on me rabâchait, il n’était pas question pour moi de copier qui que se soit mais pourquoi diable ne pouvais-je pas moi non plus aimer ce que l’autre me faisait découvrir ? Si vous entendez ce genre de propos vous pouvez également vous demander s’il n’y a pas de la jalousie de la part de l’autre personne, très probablement non comprise, mais qui ressort ainsi « pourquoi il/elle s’éloigne de moi ainsi, qu’est-ce qu’il/elle peut bien lui apporter de plus que moi, pourquoi il/elle a l’air plus épanoui(e) depuis cette relation, etc.) et une incapacité à vous « suivre » dans votre évolution, le lien est alors très souvent brusquement rompue avec finalement les mauvais arguments, mais on s’en rend compte bien plus tard. Ceci étant dit, ce n’est pas quelque chose de grave en soi non plus, c’est la vie !

Je trouve qu’il y a un degré de « danger » un peu plus fort dès lors que la spiritu’ se mêle à l’amitié car on peut se lier, quelques fois pour de mauvaises raisons, de façons plus profondes. On peut établir des accroches vénéneuses, vampirisantes qui vont plus loin qu’une simple dispute . On pourrait me rétorquer que c’est probablement ce qui se fait entre personnes « normales », qu’elles ne le ressentent pas, mais il me semble que lorsque les deux parties sont conscientes de leur capacités spirituelles la casse est bien plus lourde. Je ne prend évidemment pas mon cas pour une généralité mais j’ai trouvé tout au long de ma vie jusqu’ici que les témoignages récoltés et les expériences vécues personnellement m’ont montrés que c’est en amitié que les blessures étaient les plus vives, les plus importantes et les plus longues à panser. « Avoir » des amis, ou plutôt l’absence d’amis, est très souvent perçu comme un échec grave. Ne pas avoir d’amoureux(se) passe (ça viendra bien un moment ou un autre), ne pas avoir d’ami(e)s est une catastrophe, dont on se recouvre bien volontiers les épaules. « t’as pas d’amis » sonne comme une sentence, comme le glas, on est rien. C’est bien ce que l’on nous dit non ? on en aurait besoin pour raconter ses petits problèmes, pour faire des bêtises, pour sortir .. pour ne pas être seul. Parce que c’est pas normal ça, c’est mal, c’est bien qu’il y a quelque chose qui tourne pas rond. Asocial, renfermé, déprimé, les mots sont vite jetés à tort et à travers, par des gens qui me semble t-il n’ont pas la notion de l’amitié la plus saine qui soit. On ne se remplace pas soi par des amis. On ne triche pas avec la solitude grâce aux amis. On ne s’aime pas à travers les amis.

Cette honnêteté envers soi-même me semble indispensable pour construire des relations de qualité, sans course à la médaille de la parfaite besta. Je déteste les phrases toutes faites : un ami est ou n’est pas …. . Comme s’il pouvait y avoir des définitions précises de ce qu’est un ami, ou ce qu’est l’amitié. Cela pose une pression énorme. « Si je ne vis pas ça alors .. ? ». Non. En agissant ainsi on ne laisse pas les gens être et offrir spontanément ce qu’ils ont, ils doivent juste se conformer à des citations de Tumblr parce que c’est ce que tout le monde attend d’eux. On crée une norme de l’amitié, un dictat, on pose des conditions sur ce que cela doit être ou pas. Insane.

Le développement personnel a cette grande capacité de nous permettre de mettre des mots, des concepts, sur des épisodes de notre vie que nous ne comprenons pas et que nous ne savons pas comment gérer. Aussi sûr qu’il est inévitable d’interagir avec les gens, il est impossible d’évoluer personnellement sans remettre en question notre manière de créer ces interactions, ces liens, et de se questionner sur leur impact. Je n’ai jamais autant grandi qu’en réfléchissant et ajustant mes rapports avec les autres dans un premier temps, ce qui m’a aidé à débloquer mais surtout à comprendre que pour avoir de meilleurs échanges avec l’extérieur j’avais sacrément intérêt à m’occuper de la manière dont je me parlais à moi-même et de l’image que j’avais de moi. Et depuis  que j’ai compris et pratiqué cela j’ai une position plus honnête, plus libre, face aux autres. Plus important encore j’ai cessé d’avoir des attentes, et de chercher à plaire pour être mieux acceptée. Oui, forcément, ça va faire un sacré ménage dans vos rapports sociaux (que se soit amicaux, familial, majoritairement ces deux domaines-ci). Et parfois cela fera si mal que vous vous accrocherez désespérément à certaines relations, longues voire très longues, par nostalgie, par aussi une certaine déception que cela n’ait pu perdurer et survivre à ces changements intérieurs, et c’est normal. Parfois même on essaie de renouer avec d’anciennes relations pour se rendre compte que la page était pourtant définitivement tournée, pour le mieux. Parfois aussi une pause est nécessaire, souvent pour mieux se retrouver plus tard quand les ajustements personnels ont été faits. Il ne faut pas avoir peur de cette page blanche relationnelle, elle ne dure pas si longtemps quand on la regarde avec un cœur ouvert et patient. On a le temps. On peut se laisser grandir encore un peu. Il parait que les amitiés les plus sincères et durables sont celles que l’on fait « sur le tard » vers la trentaine, quand on a un peu de bouteille, quand on comprend un peu mieux qui on est et de quoi on a vraiment besoin dans sa vie, et surtout de qui …

Rappelle toi. Rappelle toi …
Que quand tu tends les bras, le vide n’existe pas.

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10 Comments

  • Reply
    Soilandstars
    22 mai 2017 at 14 h 51 min

    C’est difficile de garder des contacts inchangés quand on change beaucoup intérieurement. Quand on est sur un chemin de développement personnel (consciemment j’entends, puisque d’une certaine façon on est tous sur ce chemin) on passe notre temps à devenir quelqu’un d’autre, et on se rend compte au fil du temps que les gens qui marchaient à côté de nous s’éloignent: on a changé de sentier, ou de rythme. Souvent les gens autour ne comprennent pas, il y a ce sentiment d’être un peu abandonné, surtout quand les relations ont été très amicales par le passé. Et pour la personne qui a conscience de son développement perso, c’est pas toujours facile d’expliquer les raisons des changements, la raison de l’éloignement, du changement de centres d’intérêt. C’est pas toujours facile à gérer =/ on appréhende un peu que la personne nous demande de rendre des comptes, demande pourquoi. . .

    • Reply
      Lou
      22 mai 2017 at 16 h 57 min

      Oui, le plus difficile c’est quand on ne sait pas mettre encore les mots sur ce qui nous arrive, oui on se sent changer petit à petit on sent bien une révolution mais parfois on ne sait pas comment l’expliquer. En même temps faut dire que ça fait un sacré tri dans les relations :p

      • Reply
        soilandstars
        23 mai 2017 at 14 h 31 min

        Teeeellement de tri dans les relations.
        ça m’arrive parfois de ressentir de la colère pour certaines personnes que je côtoyais beaucoup avant et plus qu’un tout petit peu aujourd’hui. Je me rends compte qu’en fait c’est de la colère pour moi-même : je regrette de m’être encore mise dans cette situation de passer du temps avec cette personne alors que je sais que les centres d’intérêts ont tellement changé que concrètement on a plus à partager. Du coup, je boue intérieurement parce que tout ce dont j’ai envie c’est de dire à la personne en face « Tu peux pas imaginer à quel point tes minables histoires de couple et tes mesquineries de bureau me font chier ». . .
        Si je continues à m’imposer ça c’est parce que j’aime pas couper les ponts d’un coup. Je préfère y aller doucement. Heureusement avec le temps, ça s’espace.

        • Reply
          Lou
          23 mai 2017 at 15 h 24 min

          Faire comprendre les choses aux gens en essayant de les heurter le moins possible c’est ce qui reste le plus difficile. Même quand tu veux être honnête, que tu veux pas bitcher ou être faux cul, il faut s’adapter à chaque personne pour trouver comment dire poliment « go fuck yourself ». Tu peux pas plaire à tout le monde et t’en as conscience et tu le vis bien, parce que t’es en dehors de tt ce système de merde, mais quand t’es face aux gens qui eux ne vivent que pour plaire et être accepté c’est hard.

          • soilandstars
            23 mai 2017 at 17 h 42 min

            Exact ! C’est dire le fossé qui peut exister parfois, et c’est d’autant plus dur quand le fossé se creuse parfois très vite, même après des années de relation. En fait tu vois alors que j’écris ça je réalise que souvent le fossé a toujours été là, depuis le début, mais qu’il y avait des ponts. Et finalement à un moment donné, les ponts se coupent. D’où l’expression : « couper les ponts » ! #elleestcontente xD

          • Lou
            23 mai 2017 at 17 h 56 min

            XDD

  • Reply
    Herothorn
    9 juin 2017 at 10 h 41 min

    Ton article et beau et bon. Il m’a personnellement touché, et tend à la réflexion même si celui-ci suscite pas mal de question et est sujet au débat.
    Merci à toi Lou.

    Hero

    • Reply
      Lou
      9 juin 2017 at 10 h 48 min

      Merci c’est gentil ! Après si tu as des questions ou envie de lancer un débat surtout n’hésites pas c’est fait pour ça un blog 😉

  • Reply
    fille_de_l.eau
    19 août 2017 at 1 h 41 min

    Ouf ! Ouais c’est tout à fait ce que j’ai ressenti souvent dans ma vie; je veux dire mon évolution a ressemblé à ça aussi pis actuellement j’ai déménagé sur un autre continent et quitté le milieu étudiant, donc pour se faire des amis c’est moins facile, et jusqu’à ce que je lise ton article, effectivement ça me mettait beaucoup de pression de plus vraiment en avoir, et je me rattache à ceux que j’ai toujours connu par nostalgie, alors que je sais que pour eux, je n’existe plus vraiment ! Et quand on a évolué spirituellement je trouve ça difficile de trouver des gens « comme nous », ou alors je ne les ais pas encore rencontrés 🙂 La seule que j’ai rencontrée ici me met ce sentiment de compétition quand on se voit, et je n’arrivais pas à vraiment à mettre ce mot sur ce sentiment malaisant, maintenant grâce à toi oui 😛

    • Reply
      Lou
      19 août 2017 at 8 h 53 min

      Ha alors si j’ai pu t’aider à y voir plus clair j’en suis vraiment ravie ^^

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