vagabonde

Casser son image pour mieux se retrouver

Bonjour, c’est l’heure de l’article aux coeurs qui flottent et qui  vous dit de vous aimer, si c’est pas votre kiff, vous pouvez déjà passer à autre chose ! 2016 ce fut clairement une année de merde pour une bonne grosse majorité, sur à peu près tout les plans. Je n’y échappe évidemment pas, mais j’ai eu la très grande joie de réaliser en fin d’année que j’avais entamé un chemin sur lequel je commençais à désespérer de poser mes petits pas un jour. Comme pour 95% des changements perso c’est parti d’un très très gros ras le bol : comparaison, auto bashing etc je vous refait pas le topo. Qu’est-ce qui a fait que cette fois ci ça a marché ? Ce ne sont pas des lectures pointues, ni l’amour que me porte mon mec, ni des thérapies. En fait ça a été l’inverse : je n’ai pas travaillé là dessus. J’ai tout laissé en plan et je me suis provoquée, je me suis lancée un cap / pas cap. Et d’avoir transformé ça en jeu au départ a été l’élément qui me manquait.

Ne nous racontons pas d’histoire : s’enfermer soi-même dans un mal-être persistant c’est aussi regarder constamment son nombril et croire que tout tourne autour. La décision n’appartient qu’à soi, et à personne d’autre, de savoir si vous voulez rester à pourrir dedans ou pas. Il n’y a aucune force plus grande.

De la provocation donc, envers soi même. « et si … et si, ma vieille, pour une fois tu t’en balançais les miches et que tu faisais ce que tu voulais ? » ce n’est clairement pas arrivé du jour au lendemain et j’en suis toujours, parfois quand j’suis pas dans le mood, à réfléchir pendant 1 semaine si je prend les chokers que j’ai vu ou pas, sous entendu si je vais oser les porter, re sous-entendu je me pose des questions existentielles sur une saloperie de bout de tissu de 1cm de largeur dont absolument personne n’aura rien à carrer. Est-ce que vous voyez où je veux en venir ? A quel point on se prend la tête pour quelque chose qu’on a peur d’afficher, en se mettant déjà en position de « tout le monde ne verra plus que ça sur ma gueule » alors que franchement si on prend un minimum de recul, mais personne n’en a rien à foutre ma pauvre fille si tu fous un chocker violet fluo ou pas. C’est cette espèce de loupe qui modifie notre perception des choses : on a l’impression que dès qu’on va oser faire quelque chose, sortir de notre zone de confort, tout le monde va le voir. Or : tout le monde s’en fout. Parce que les gens en vous voyant de l’extérieur ne savent absolument pas à quel point vous luttez, à quel point c’est dur et à quel point vous vous mettez en danger face à eux. Ils font leur vie, ils penseront peut être dans leur tête « teuh vraiment trop moche son truc jamais j’aurais osé porter un truc pareil » et peut être que vous, en regardant cette personne vous vous ferez exactement la même réflexion. Au bout d’un moment j’ai envie de dire : est-ce que ça va vous empêcher de dormir ? de manger ? est-ce que c’est la catastrophe intersidérale si y’a une personne qui n’aime pas vos fringues ou votre make-up ? non. Non et puis c’est tout, arrêtez avec vos si, vos mi, vos ouai mais t’comprends pas j’vais me sentir dévaloriser au plus profond de mon moi intérieur c’est un grand manque de respect envers ma petite personne les gens sont tous cons les humains sont tous pourris j’aurai du me réincarner en chien ou en chat, nah mieux en khajiit .. wait what ?

Et le problème il est bien là, c’est qu’on le pose à l’envers : on se demande quel impact ça va avoir sur des inconnus au lieu de se demander en premier (et ça devrait être la seule question d’ailleurs) si pour soi même ça convient. C’est pas vous même, à tout hasard, la première personne avec qui vous vivez ? C’est pas votre visage que vous voyez en général le matin avant tout les autres ? C’est pas dans ce corps si que vous évoluez et dans aucun autre ?
Je disais plus haut qu’il ne fallait pas constamment regarder son nombril (on est d’accord bien évidemment que je parle pas de narcissisme ici hein) mais c’est pourtant ce qu’on devrait faire pour cette problématique précise. Tout ce que vous faites, tout ce que vous voulez devenir, tout ce que vous voulez « afficher », vous devez en premier vous demander à vous même, comme à un pote, si ça vous va à vous. Et si la réponse est positive, mais allez y ! Faites vous plaisir ! C’est en me posant cette seule question que les choses ont commencé à changer pour moi. Parce que oui, bien sûr, j’avais peur du qu’en-dira-t-on (alors qu’en plus je connais absolument plus personne ici, c’est dire le degré de ridicule), j’avais peur de lire dans les yeux des autres de la moquerie (remontée d’épisodes fréquents de moqueries étant une gamine bouboule), le rejet, le « s’prend pour qui celle là » etc. Au bout d’un moment je me suis dit « mais ma fille, si tu vis tout le temps par rapport aux autres, tu vis quand en fait ? ».

Et puis, est venue cette redécouverte de styles que j’aimais mais que j’avais complètement occulté. Quand j’étais ado, j’étais la parfaite représentation d’un garçon manqué, jusque dans l’apparence (l’opposé total de la petite poupée que j’étais petite). Je détestais les vêtements de filles parce qu’ils ne m’étaient pas pratiques et confortables, je préférais largement le style des garçons et en particulier celui du hip hop/street wear. Ma meilleure amie était dans le même trip alors forcément on s’influençait l’une l’autre en amplifiant tout ça. Peu de gens le savent mais les styles de musique que j’ai écouté avant tout le reste étaient surtout du rap et du hip-hop, les années 90 y plongeaient allègrement et tout nous semblait « exotique », exubérant. Mais on m’a reproché tellement de fois de ne pas m’habiller en fille, par je vous le donne en mille : ma famille, que petit à petit j’ai délaissé tout ça pour rentrer un peu plus dans le moule ce qui a fait exploser mon mal être, -8000 confiance en soi, 0 plaisir à être moi-même. J’étais malheureuse comme les pierres mais tout le monde autour de moi semblait content alors…
Je n’ai compris que récemment à quel point empêcher l’identité de se développer coupe entièrement une personne, c’est une privation pernicieuse, on se dit ho c’est juste une histoire de fringue elle va pas nous en faire une maladie, mais à cet âge là on se forge là dessus, justement. Et pas qu’à l’adolescence, d’ailleurs.
Il y a deux ans encore je ne me voyais pas du tout avec une snapback, certains vêtements plus masculins. Et en regardant beaucoup d’images sur la toile énormément de souvenirs ont refait surface, j’exultais devant ces images je me disais mais merde .. j’adore ce style là, pourquoi je le fais pas, quand est-ce que j’ai arrêté, pour qui, pourquoi … J’avais toujours eu l’impression que je n’arrivais pas à exprimer pleinement les choses jusqu’à ce que j’envoie tout balader. Et j’ai même commencé à en rire franchement quand je me suis rendue compte que ça allait faire sûrement grincer des dents à quelques personnes de mon entourage, elles qui n’avaient jamais connu qui j’étais autrefois.

Alors, oui, forcément, l’apparence compte. C’est la première couche que les gens perçoivent tout de suite et c’est ce que vous voyez de vous dans le miroir. Mais elle ne compte pas pour intimider l’autre, elle compte pour simplement nous permettre d’être heureux avec nous même, à l’aise. Oui nous sommes profondément nombrilistes et on a pas à en avoir honte quand cela se transforme en voyage vers soi. Casser mon « image », ce que les autres pensaient que j’étais, est ce qui m’a le plus aidé à me rejoindre. Je suis fière d’avoir réussi à trouver enfin cet équilibre qui me manquait ou plutôt de l’avoir accepté, et ce ne sont pas des mots que je me suis dit bien souvent. Mais cela nécessite énormément d’efforts, autant de lâcher-prise, et une multitude de doigts du milieu. Ce qui doit vous importer en priorité c’est comment vous vous sentez vous. les autres peuvent toujours crever la bouche ouverte dans un fossé, ne cherchez pas en eux une quelconque approbation parce que c’est cela qui vous tue à petit feu et qui vous empêchera toujours d’être de plus en plus vous même.

Les gens sont beaux quand ils rayonnent de l’intérieur parce qu’ils sont « alignés » avec leur âme, avec leur nature profonde. On parle pas là de beauté sociale, elle est fade, aliénante et pourrie. Vous avez des gens « laids » selon les normes mais qui vont irrémédiablement vous attirer et vous les trouverez superbes parce qu’ils toucheront votre coeur, à minima, et qu’ils vous retournerons les tripes. J’suis franchement pas sûre qu’on puisse avoir les mêmes sensations pendant un défilé. Combien de filles voyons-nous sur les réseaux sociaux qui sont des bombes physiquement, selon les critères sociaux admis, mais qui ont un regard de poisson mort ? Rien dans les yeux, rien autour, silence radio. Ca ne me fait pas rêver. Pour rayonner ce n’est pas une question de make-up ou de sourcils dessinés (c’est juste oufissime cette obsession du sourcils parfaits (et ultra MEGA moche soit dit en passant, on ne sait même plus où sont les vrais dans tout ce fatras) c’est ce que vous avez en vous qui ressortira. Plus vous vous approcherez de votre propre authenticité et plus émanera de vous quelque chose de particulier, votre essence, votre vraie signature.
Oui c’est dur, oui c’est long, mais être en accord avec soi c’est une des plus grande joie qui puisse être, on est libre parce qu’on ne recherche plus la validation, l’admiration, chez les autres.

 » You’ve got more to offer to the world than simply being pretty « 

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2 Comments

  • Reply
    Jo
    4 avril 2017 at 17 h 02 min

    Wow, quel parcours!

    Grâce à toi j’ai découvert ce qu’était un « choker » et une « snapback », huhu ^^. Je me suis reconnue dans ce que tu as dit par rapport à « Est-ce que je prends cette fringues? » sous-entendu « Est-ce que je vais oser la porter? ». C’est pas rien en fait, parce que ça signifie « Oser montrer cette part de moi » et la vraie question est: « Est-ce que j’assume assez cette part de moi, est-ce que j’aime assez cette part de moi pour accepter de l’afficher sans honte aux yeux du monde? ». C’est vraiment pas rien.

    J’ai eu la chance de ne pas avoir eu trop de critiques à propos de mon corps dans mon enfance. En fait les autres enfants s’en fichaient, moi aussi, et les adultes me trouvaient « mignonne », donc je suppose qu’au fond de moi j’ai toujours eu une petite flamme qui devait me dire que c’était vrai et que j’étais une petite fille « mignonne ». A l’adolescence et en rentrant dans la vie adulte tout se complique, et je crois qu’on est assez peu à être complètement à l’aise avec notre image à cette période-là.

    Moi, j’avais ce corps des mannequins aux yeux vides, les hauts talons et la self-esteem en moins. En gros j’étais juste maigre et plate, et ça me semblait n’avoir absolument rien de bien sexy. Je voulais constamment porter des trucs que j’avais vu sur d’autres, mais qui ne pouvait pas m’aller à moi parce que j’avais « encore » des formes de petite fille. J’attendais ce moment bénit où j’aurais des formes de femmes, mais ce moment n’est jamais arrivé, hahaha! (J’aurais toujours un corps de petite fille, deal with it! )

    Je ne m’intéressais pas aux habits. Je ne savais jamais quoi mettre, et là en revanche on s’est plus d’une fois moqué de moi pour mon mauvais goût, ou mon « manque de personnalité » (c’était juste mes habits bon sang! 🙂 ).

    C’est vrai que ça compte, en fait, parce qu’à force que les autres me voient comme une personne bizarre et/ou sans personnalité, mode weirdo, une fois encore, j’y ai cru.

    Et j’ai eu cette chance (encore une fois) que, vu que les personnes qui m’appréciaient ne m’avaient pas abordé en s’intéressant à mon look, cela signifiait qu’ils aimaient à ce qui se trouvait à l’intérieur de moi. Je dis que c’est une chance parce que ça m’a permis de comprendre assez vite que ça allait être ça le plus important quand j’allais rencontrer des personnes. Simplement j’ai mis du temps à m’aimer. J’ai juste pris ce raccourci par rapport à l’apparence, malgré moi.

    Au final, mon parcours est l’inverse du tiens: c’est quand j’ai réussi à à peu près m’aimer que j’ai enfin réussi à me réconcilier avec le fait que, que je le veuille ou non, j’avais une image. Juste comme tout le monde. Et que ce serait chouette aussi d’afficher qui je suis dans cette image.

    Toujours un plaisir de te lire <3

    • Reply
      Lou
      4 avril 2017 at 17 h 14 min

      Merci c’est toujours super d’avoir des retours =)
      Oui, peu importe le corps qu’on a on sera toujours bashé dessus, par soi-même ou par les autres. Cette période identitaire est vraiment affreuse quand on est pas appuyé et qu’on ne peut pas avoir des avis sains. Je m’en suis toujours fichue des fringues jusqu’à ce que je comprenne que tu pouvais aussi montrer ta personnalité à travers ça ^^ j’ai eu de longues années d’errances parce que rien ne me correspondait et/ou que je ne me sentais absolument pas assez bien pour les porter.
      C’est pas si futile que ça quand on en comprend toute la portée =)

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