Archétype perso (force personnelle)

 

Que je le veuille ou non, il y a un trait de mon caractère qui, un jour, a décidé de se montrer et qui depuis n’a cessé de se manifester et de grandir. Je dis que je le veuille ou non mais c’est en fait quelque chose que j’ai probablement choisi avant mon incarnation, ou plutôt devrais-je dire pour être la plus précise possible : c’est une composante de mon âme. J’ai une “âme guerrière”.
Tout au long de ma vie on m’a demandé à des moments clef de mon chemin : “mais comment tu fais pour être aussi forte ? d’où elle vient cette force ? comment tu fais ?”. Impossible de répondre .. soit parce que je ne voulais pas voir que j’habitais cette force (et vice versa) soit parce que j’étais vraiment incapable d’expliquer avec des mots ce que je ressentais intérieurement. Le seul modèle de force que je croyais avoir depuis l’enfance c’est ma mère ; mais j’ai compris au fil du temps que j’avais confondu force et obstination, ce qui n’est pas du tout la même chose. Elle a toujours exercé un rapport de domination et d’agressivité, ce que je prenais pour de la force était majoritairement de l’aveuglement, un esprit borné au possible et une incapacité à se remettre en question. C’est le classique “je suis agressive pour ne pas donner la moindre ouverture afin que les autres le soient envers moi”.

J’ai vécu près de personnes qui me renvoyaient ma propre image : très imaginatives, très seules, dépressives mais toujours entrain de rigoler, multi-potentielles qui s’ignorent et très fortes. J’attirais les personnes avec un lourd passé, un lourd bagage émotionnel, les connexions étaient immédiates parce que nous comprenions et voyions les fins réseaux particuliers de la vie, qui faisaient qu’elle nous apparaissait différente et infiniment plus belle que telle que les “adultes” nous la présentaient. Dès ma rupture avec le nid parental vers mes 19 ans je n’ai eu que des discussions terriblement passionnantes et dissonantes avec le reste du monde. J’arrivais toujours à me fourguer dans des situations et des histoires pas possibles, qui m’amenaient à des lieux et des gens particuliers. Je ne crois pas avoir raconté vraiment à une seule personne ce qui m’est arrivée dans ma vie jusqu’ici tant je doutais parfois de mes propres souvenirs “putain j’ai vraiment fait ça..”. La caractéristique principale de mes 20 ans (19-25) a été rythmée par une composante fondamentale : l’intuition. Je me vois encore décider de tant de choses à la dernière minute, qui changeaient le cours de ma vie de façon drastique. Je sais qu’auprès de mes proches, et moins proches qui se mêlaient un peu trop de mes fesses au lieu de s’occuper des leur #commedhab, j’incarnais l’irresponsabilité. “Elle ne sait pas ce qu’elle fait, mais où est-elle encore allée se fourrer, c’est pas possible d’être aussi immature, quand va t-elle enfin comprendre” etc etc. Heureusement pour moi, et je me remercie vraiment, je n’ai écouté personne, rien ni personne à part mon intuition. Et, plus que tout, j’avais une foi en la vie qui était bien plus prédominante et “pure” que maintenant. Je suis passée à un fil de rasoir près de très graves et dangereuses situations mais j’avais confiance. J’avais confiance parce que je commençais à comprendre qu’il se tramait quelque chose de vachement plus bandant au sujet de notre existence que le flot de vie que je regardais quand je prenais le métro. Quand je commençais à douter, et ce bien avant que tout le foin sur le Secret arrive, je me rappelais toujours le même souvenir : j’ai eu peu de liberté jusqu’à un certain âge et mes parents bougeant beaucoup je devais toujours aller avec eux. Je me faisais chier comme un rat mort jusqu’au jour où j’ai eu l’idée saugrenue de me répéter plusieurs fois pendant un trajet “de toute façon on voit toujours au moins 1 chose intéressante”, je me le répétais dans ma tête encore et encore, et à partir de ce moment là quand je venais avec eux il se passait toujours quelque chose d’intéressant. Ce fut le point de départ discret de la découverte de tout un univers que je ne soupçonnais pas encore.

Il y avait deux facettes très distinctes : la fille ultra timide, douce, rêveuse, perdue, trop sensible, trouillarde versus celle qui écoute ce que son coeur lui dit, son intuition, qui croit en sa bonne étoile, qui fonce et qui dit merde. La première est celle qui s’est mise le plus en avant depuis gamine pour se défendre d’un extérieur (gens + environnements) qu’elle ne reconnaissait pas (putain mais c’est quoi ce bordel ici ?!) et qui étaient trop violents ; la seconde est celle qu’elle est réellement, qui s’est montrée de temps en temps et qui faisait dire aux autres : elle, elle me fait chier. Ce qui est amusant, quand on arrête de se mentir deux minutes, c’est que l’on sait pertinemment de quoi on est capable et qu’on adore faire chier le monde en sentant le pouvoir que l’on renferme en étant simplement qui on est. Oui vous avez déjà ressenti cette force et oui vous aviez envie de faire péter le swag puissance un trimillion. Mais à la seconde près où vous y avez pensé toutes les couches sociales se sont mises à suffoquer : nom d’une pute borgne, qu’est-ce qui lui prend !  Mayday, mayday ne la FAITES PAS SORTIR !!.
Pourtant, assumons-le comme il se doit : vous avez envie de déchirer cette enveloppe grossière. Vous avez envie de faire péter le swag, de porter ces fringues incongrues pour les autres mais que vous kiffez tellement (ça marche aussi pour les tatts,percing,cheveux), de vous envoyer une putain de montagne de pancakes pas healthy du tout au petit dej’, de dire un bon gros merde à votre connard de voisin/parent/copain.e, de dire que oui vous jouissez en regardant SLG et WTC, que vous avez envie de balancer un pot de peinture façon éjac’ faciale sur les nanas adeptes du triple contouring, que vous avez envie d’éclater les gens qui vous font la morale sur le fait de consommer bio/zéro déchets/lalaland mais qui achètent des fucking tomates en hiver #nofreakingpalais, bref : plus – aucun – faux – semblants.

 

Disons que là, c’est la première étape. Parce que vous en avez envie, si vous en avez envie c’est que ça se réveille, ça fourmille, ça vous titille de plus en plus. Et ça revient, jour après jour, comme les vagues, inlassablement, vous ne supportez plus certaines personnes, certaines attitudes, vous ne vous supportez plus vous, plus rien ne va (dans le sens que que tout semble trop étriqué, plus aucune correspondances), alors vous commencez à cracher sur tout et tout le monde, cf plus haut, et vous déversez votre colère, votre haine, votre frustration envers ces gens qui comprennent décidément rien. Envers vous qui ne comprenez pas ce qu’il se passe :  c’est quoi cette transition de merde (azy elle dure trop longtemps !), plus aucun repère, comment j’ai pu aimer ce truc ?

Je ne prétend pas avoir eu une vie, jusqu’ici, plus dure que d’autres. Je ne supporte pas cet automatisme de comparaison “oui mais moi, ou elle ou lui a vécu bien pire que toi”. Elle a simplement été ce qu’elle est, s’ajustant à mon degré de force personnelle, de ce que je pouvais endurer. Chaque incarnation est dure pour celui qui la vit, et il n’y a aucune raison ni aucun intérêt à essayer de valoriser sa propre douleur, chaque vie est faite sur mesure. On dit toujours “je sais pas ce que j’aurais fait à ta place / comment j’aurais réagis / ce que j’aurais pensé / dit” et c’est bien normal parce que ce n’était pas à nous de vivre cette situation là.
Oui j’ai eu une vie en dents de scie, certains n’auraient pas supportés et d’autres m’auraient traités de pisseuse en comparaison avec la leur.  Ce que j’ai vécu m’a permis de, inconsciemment, me reposer sur moi et moi seule.
La force on la puise en soi, la seule chose que les autres font c’est la réveiller de près ou de loin. Mais elle est déjà là, ce ne sont pas eux qui vous l’insufflent.

La seconde étape qui s’est imposée fut celle du contrôle, du retour au calme. Au départ on a envie de tout péter, on se sent fort on se sent bien on veut des scènes au ralentit en sortant de sa bagnole avec un air de tueur ou une batte de baseball pour un connard qui te siffle dans la rue. Mais c’est épuisant, ça pompe un max l’énergie qu’on a l’impression d’avoir enfin trouvée et ça en diffuse une ou plusieurs qui laissent les autres inconfortables. Il n’est pas question de s’assagir mais bien de canaliser. D’apprendre à puiser en cette force quand on en a besoin et de la laisser ronronner tranquillement ensuite.
C’est plutôt comme une déprogrammation. On a tendance à confondre force intérieure et narcissisme mais ça n’a rien à voir. Nombreux seront ceux qui seront incommodés par ce que vous dégagerez au fil du temps et le prendrons presque comme un danger, comme si vous leur balanciez un défit ou un middle finger up envers leur propre personne, comme une menace, parce que leur insécurité fera barrage. Si la plupart des gens associeront, mal, ça au charisme (elle/il “dégage” quelque chose) beaucoup se sentiront dans une position inférieure sans que vous n’y soyez pour quoi que se soit, et vous dénigreront au passage en étant à côté de toutes les plaques possibles. Il faudra s’y habituer mais honnêtement c’est quelque chose qui volera loin au dessus au bout d’un moment et ce qui pourrait vous faire mal au cœur au départ, ce sentiment d’injustice peut-être (il/elle ne sait absolument pas qui je suis comment peut il/elle me juger ainsi après avoir traversé tant..) tout cela passera également et vous comprendrez qu’il y a, tout simplement, des gens qui ne s’éveilleront jamais à certaines choses, et ce n’est pas grave.

On plonge de plus en plus profondément en soi, on s’épluche, et si parfois on prend peur de ce que l’on réalise c’est surtout une sorte de soulagement que l’on ressent (on pourrait penser que l’on serait terrifié au contraire mais il n’en est rien) de savoir enfin qui l’on est. Parce que c’est ça cette force, c’est ça cette puissance : on sait qui on est, on le comprend, on l’assume. Une fois que c’est amorcé on devient invincible. Bien sûr le boulot ne se fait pas du jour au lendemain mais il y a une différence nette, très précise, lorsque l’on a mis les pieds dedans. Vous n’êtes plus atteignable sur de très nombreux points, vous en larguez une tonne d’autres. C’est aussi le point d’orgue des amitiés et des amours, le tri va être radical. Pour certains le changement sera trop brutal voire fake (elle se donne un genre, elle a trop regardé de clips, elle fait sa crise de la trentaine …) pour d’autres votre  transformation sera inspirante et sans aucun jugement de leur part (bénis soient-ils). C’est quand vous avez foi en vous plus qu’en toute autre chose que se révèle la véritable force intérieure. Même pas dans votre guide, surtout pas votre mec ou votre nana, encore moins votre famille, ni un dieu hypothétique. Simplement, vous. Le seul être sur lequel vous pouvez compter à 1 million de % si vous vous tendiez un temps soit peu la main. Et vous avez cette sensation de contrôle sur votre vie qui arrive petit à petit, qui parfois se barre aussi sec mais qui revient toujours pour peu que l’on se recentre. Cette force indestructible en soi c’est simplement l’amour, oh non pas celui que vous connaissez, le socialisé, le stéréotypé, le déguisé. C’est le feu ardent froid qui entoure votre cœur. C’est celui qui vous enveloppe tellement que vous n’arrivez même pas à pleurer pour l’abruti qui vous quitte et qui vous permet même de lui souhaiter bon vent, après tout vous êtes tout aussi bien avec vous même non ? …

4 thoughts on “Archétype perso (force personnelle)

  1. Ça me fait bien sourire tout ça parce que je connais bien. En fait, en Communication Non-Violente, on appelle cette explosion (le fait d’envoyer tout le monde se faire f…) la phase exécrable. Et la canalisation du “j’en ai rien à foutre des autres”, c’est effectivement la phase d’apaisement où tu apprends à exprimer ton ressenti que cela plaise ou non, aux autres tout en tenant compte de leurs besoins, pour arriver à un dialogue constructif et apaisé. (Bon, ça demande aussi du boulot quand en face, les gens sont moins disposés à cet apaisement, mais la CNV propose pour ça une démarche intéressante 😉 ). Bref c’est une très bonne chose. 🙂

    Sinon, tu parlais des gens qui ne peuvent pas s’empêcher de faire un concours de b… dès que tu leur exposes un vécu difficile : beaucoup d’adultes ont cette mauvaise manie de vouloir te casser en te disant “arrête de te plaindre, machin a vécu pire que toi”. J’appelle ça le syndrome de Crochet : fier de souffrir et de te montrer son handicap. Pas très malin.

    Quant à ton vécu improbable, c’est ce qui rend la discussion avec toi intéressante : l’échange de savoirs et d’expériences même inattendu ne peut qu’être intéressant ! 😉

    1. Merci beaucoup =) “fier de souffrir et de te montrer son handicap.”, c’est tout à fait ça. Cette fausse réponse hautaine qui nie une douleur est vraiment insupportable.
      Je me suis jamais vraiment penchée sur la communication non violente, je veux dire en lisant des bouquins, mais j’essaie de l’appliquer le plus possible avec mon fils et envers moi-même =)

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