Cheminement personnel vers une consommation plus “green”

CaptureJe viens d’une famille très modeste. Les copines avaient toujours les derniers jouets à la mode, elles habitaient dans de grandes maisons à étage, elles partaient en vacances à la mer … déjà petite je me rendais compte que même si parfois j’aurai voulu être à leur place cela n’aurait pas fait mon bonheur pour autant. Surtout lorsque j’ai appris et compris ce que voulait dire divorcer, avoir des dettes … Je l’aimais ma petite vie insouciante et je chérissais pleinement à 7 ans les petits plaisirs de la vie car c’est à cet âge là que nous avons déménagé en campagne et que j’ai pu côtoyer, vraiment, pour la première fois, le monde vert. Habiter juste à côté de la forêt a été un élément déclencheur majeur dans ma relation à moi-même et au monde. J’ai été happée, hypnotisée, mais dans le sens où j’avais l’impression de redécouvrir ma maison, d’y revenir après l’avoir en quelque sorte “oubliée”.
Comme nous n’avions pas de gros moyens la nourriture restait simple et culturellement héritée aussi des années particulières de ma mère passée en Allemagne (communisme, mur de Berlin etc). Nous avons maintes fois essayé de faire un potager mais ici dans le sud-ouest la terre est terrible, sableuse et pâle. Je n’ai jamais eu faim et quand d’autres jetaient leur restes, nous nous les mangions le lendemain et je m’émerveillais de la capacité qu’avait ma mère à recréer un nouveau plat à partir d’autres. Les seuls souvenirs de nourriture que j’ai avant mes 7 ans sont visuels : ma grand-mère qui coupait la tête des poules à l’ancienne, ou bien assise sur un tabouret de fortune au pied de cet immonde escalier en bois dont j’avais une trouille pas possible : affreusement raide et étroit qui montait au grenier. Je la revois encore avec un sac plastique à ses pieds et des dizaines et des dizaines de plumes qui volètent tout autour d’elle.  Enfant cela ne me choquait pas, c’était parfaitement normal et dans les années 80/90 le battage médiatique tant sur les abattoirs que sur le végétarisme était loin d’avoir une portée comme aujourd’hui.

Ce n’est que lorsque j’ai commencé à acheter ma propre nourriture et mes propres cosmétiques que certains concepts ont lentement fait leur chemin. La nourriture et moi avons une relation très compliquée, depuis quasiment bébé (je ferais un point beaucoup plus complet très bientôt) et cela ne fait que depuis 2/3 ans environ que j’ai pris certaines décisions, notamment celle de limiter fortement ma consommation de viande. Pas par attrait pour le végétarisme, ni pour asseoir une quelconque éthique personnelle, mais simplement parce que c’est devenu une question de bon sens : je ne peux pas cautionner une pratique telle que l’élevage intensif en sachant les dégâts engendrés pour la planète et pour les traitements infligés aux animaux, pas plus que je ne peux ingérer une viande ayant reçu une forte dose d’antibiotiques et autres joyeusetés, ni absorber la terreur et la colère qui se sont imprimés dans la chair juste avant la mort ; je crois en effet fermement qu’il reste des empreintes émotionnelles, à un certain niveau, dans la viande après abattage des animaux. Je n’ai regardé aucun documentaire “choc”, j’ai simplement vu 2 petites vidéos sur youtube, une où l’on voit une vache reculer de terreur juste avant son abattage et l’autre où l’on voit des vaches bondir de joie dans un près juste après leur sauvetage, elles m’ont suffit à comprendre à quel point nous nous plantions intersidéralement “juste pour du goût”. Le goût est un luxe. C’est le luxe des personnes qui n’ont pas encore accédé à une certaine conscience, qui n’ont pas eu certains déclics et qui ne les auront peut-être jamais. C’est quelque chose qu’il faut comprendre et accepter, aussi je ne crois aucunement aux extrêmes de tout bord, on n’ “éduque” pas les gens en leur martelant que se sont des salauds sans coeur, la technique de la culpabilisation est archi contre-productive, ça n’a jamais marché et ça ne marchera certainement pas en ce qui concerne le contenu de leur assiette, sujet qui reste encore très pointilleux surtout pour les pays où une certaine gastronomie est en place depuis très longtemps.

Ce que l’on mange est entièrement en relation avec l’affectif, l’émotionnel, j’en suis convaincue. Aussi il ne me viendrait jamais à l’esprit de critiquer quelqu’un, et encore moins de manière violente, à propos de ce qu’il mange parce que je n’aimerai pas que l’on vienne se permettre de me dire ce que je dois faire ou pas. Je suis pour les dialogues, les échanges de souvenirs, de réflexions, d’informations mais il y a des limites à ne pas franchir, la prise de conscience doit venir de l’intérieur, de manière profonde et “vraie”. Un peu d’humilité face à l’autre ne ferait pas de mal, nous ne connaissons pas son vécu, sa relation avec la nourriture, ses blocages, ses traumatismes. Et si quelqu’un venait me dire en face “t’es vraiment qu’une connasse sans coeur pour bouffer du saucisson” je pense que j’aurai non seulement envie de lui en retourner une mais aussi de la traiter d’abrutie consanguine en lui conseillant d’aller s’acheter une éducation.
Il me semble aussi que, pour les personnes n’ayant pas grandis dans une famille végétarienne mais qui le sont devenus petit à petit, si quelqu’un s’était empressé de leur dire que ce qu’ils mangeaient c’était de la merde et qu’ils étaient des fils de Satan (je forcis le trait mais franchement des fois on se demande à la vue de certains discours extrémistes)  ils auraient réagis exactement de la même façon et je trouve que c’est quelque chose qu’ils oublient bien trop vite.

La meilleure éducation est celle de l’exemple, pas de la morale. Les gens en ont marre qu’on leur fasse la morale à tout va, teintée d’une menace crade sous-jacente : si vous faites rien se sera de votre faute. La pollution, l’eau, l’air qu’on respire, tout y passe, on nous presse de changer nos habitudes sans que ceux qui nous le martèlent ne le fassent eux-même. Et c’est aussi quelque chose qui me dérange profondément.

Cela fait donc environ 2 ans et quelque que je ne mange plus ni viande rouge ni volaille venant de la grande distribution. En revanche, je continue de manger de la charcuterie artisanale de temps en temps tout simplement parce que j’y trouve encore du plaisir (il m’arrive d’avoir des périodes où ça ne passe plus alors j’arrête tout simplement, et si 4 mois après l’envie me revient j’essaie). Je ne suis absolument pas pour un monde végétarien, et je n’ai jamais eu pour objectif de le devenir,  seulement de revenir à une consommation réaliste, raisonnée et consciente, sans faire l’apologie d’époques que je n’ai pas connu ni du célèbre passe-partout “avant c’était mieux”, il me semble mais je peux totalement me tromper, que l’on savait mieux gérer, organiser, traiter et “utiliser” tout ce qui pouvait l’être sur une dépouille animale. Me reviennent automatiquement en mémoire les souvenirs du “jour du cochon” (cochon que je n’ai absolument jamais entendu hurler, c’était ma grande crainte, la mort était donnée très rapidement, c’était net, propre) entre mes parents et mes voisins. Un seul cochon pour plus de 2 familles (puisqu’il y avait aussi des bocaux et saucisses qui étaient donnés aux tantes, grand-mères etc) et tout était utilisé, nous en avions pour plus d’1 année et je n’ai jamais mangé de meilleur pâté ou rôti confit que ceux de ma mère, pour rien au monde je n’en mangerai provenant de grandes surfaces. Il n’en faut pas plus, il n’y a pas besoin d’une mort mécanique donnée à des milliers d’animaux entassés jusqu’à en crever.

 

Il faut s’émerveiller du vivant et le respecter un maximum. Certes cela n’est pas facile, parce que nous sommes nombreux, parce que nous avons finit par construire un monde pétrit de contradictions mais nous pouvons tous donner l’exemple et tenter de redonner un sens à tout ça, petit à petit, et dans l’amour, toujours.

 

 

 

d79979b72ca3e9e0ebbd8e6f35d970fa

 

Pour les cosmétiques le cheminement de pensée est à peu près similaire. La question des tests sur les animaux est de mon point de vue absolument obsolète, je ne comprend tout simplement pas qu’au 21 ème siècle on en soit toujours à pratiquer de tels actes, c’est juste purement du délire, peu importe les arguments “pour” que l’on me sortirait je ne peux juste pas le concevoir, en aucune façon. Pourtant ce n’était pas du tout évident au départ lorsque j’ai commencé à me maquiller au lycée. Sans doute parce que j’ai toujours eu une routine make-up réellement minimaliste : zéro fond de teint, ni poudre, seulement du mascara et de l’eye-liner, puis plus tard oser porter du rouge à lèvres. trois produits donc, pendant de très nombreuses années. Et encore une fois on ne se préoccupait nullement des compositions et de leur répercussions.

Ma réelle implication dans mon quotidien, que l’on pourrait qualifier de “green” coïncide avec mes premiers pas dans certaines croyances spirituelles, très simples, quelque chose de très proche de la nature, presque comme une ré éducation quand à ma façon d’appréhender la terre/Terre. Premiers pas pleinement assumés et totalement conscients d’adulte. Comme si les deux s’étaient ouverts au même moment. Je m’étais inscrite sur un forum et l’on y parlait de ce que l’on pouvait changer dans notre quotidien pour être plus respectueux de la Terre et ce sont les produits ménagers qui arrivaient en bonne place au départ. Et c’était quelque chose qui me paraissait totalement logique, encore une fois c’était juste une question de bon sens : un produit qui pue le chimique à des kilomètres et qui vous fait limite tousser quand vous l’aspergez et/ou qu’on vous dit de mettre des gants avant toute manipulation ; avec une liste longue comme le bras d’ingrédients dangereux estampillés du fameux triangle orange enflammé de l’enfer, ou la tête de mort au choix, qui est quand même vachement loin de vous rassurer, non, tout simplement non. A partir de là j’ai commencé à analyser les produits parallèlement au phénomène social qui prenait de l’ampleur, je me suis sentie immédiatement impliquée. Mais je ne cherchais pas à être un modèle de perfection ni à atteindre un quota de 100%, je me suis au contraire toujours fiée à mon intuition et à cette importance du sens, et de ma propre logique. J’ai avancé petit à petit au fur et à mesure des mes diverses prises de conscience, et j’ajustais ça et là dès que je sentais que cela ne me convenait pas, que cela ne me ressemblait pas. Je ne me suis jamais forcée à faire comme les autres, malaise garantie, et perte de repères que j’avais ensuite du mal à remettre en route.

Je crois fermement que l’industrie (make-up, produits ménagers etc) pourrait passer à 100% cruelty-free sans absolument aucun problème mais que les lobbys, pharmaceutiques entre autres, se frottent encore bien trop les mains et ont une poigne tellement solide sur certains que se serait la mort assurée. Mais les choses avancent, il faut s’en réjouir, partout je lis “ça n’est pas assez, ça ne va pas assez vite”, réjouissons nous plutôt du fait que d’autres alternatives aient vu le jour et qu’elles soient possibles grâce à des gens qui sont allés avec courage au delà de tout ce qui peut nous formater et limiter. J’ai l’impression également que beaucoup attendent que se soit les autres qui fassent tout le sale boulot et qu’ensuite ça leur tombe tout cuit dans le bec : démerdez-vous pour que se soit mieux moi en attendant je reste dans ma zone de confort, et je suivrais la masse comme de coutume.
C’est une chose à laquelle je tiens et que j’ai introduit dans mon codex personnel : je ne veux pas faire les choses parce que tout le monde le fait et parce qu’on nous dit que c’est bien, je veux le faire parce que cela fait sens pour moi, parce que j’ai eu une réelle prise de conscience dessus, parce que ça m’a travaillé l’âme. Et c’est sans doute là que s’arrête ma limite de “tolérance” envers les autres, je ne conçois pas que l’on fasse les choses juste parce qu’il faut le faire (et/ou que les autres le font) et non pas parce ça a été Bagdad dans le coeur et dans la tête pendant un certain temps jusqu’à ce qu’on ne puisse plus faire marche arrière.

C’est aussi pour ça que je ne privilégie pas le bio mais plutôt le local (plus on achète local plus on a de chance de pouvoir faire en sorte que le producteur, s’il en a la souhait, passe en bio grâce à nos achats, bio + local pour moi c’est le combo ultime) pour certains produits, quand je le peux, parfois le local est plus cher que le bio, c’est un peu compliqué tout ça et demande du temps pour s’informer sur les tenants et aboutissants de la vente, marketing et autres. Lors de ma transition entre make-up et produits pour le corps (j’englobe hygiène féminine et tout ce qui se rapporte au corps) conventionnels et ceux plus “propres” j’ai du faire des choix, privilégier certaines notions plutôt que d’autres. Je ne cherche pas automatiquement un produit bio, mes deux seuls critères sine qua non sont : cruelty free et compo clean. On pourrait me rétorquer que si je veux une composition clean cela passe forcément par du bio. Je suis mi figue mi raisin en ce qui concerne cet argument, on peut très bien produire un composant d’une très grande qualité sans que celui-ci soit bio pour des raisons économiques par ex : investir plutôt dans la qualité du produit fini que dans une charte qui coûte une blinde. Cela peut être très cher de rentrer dans le cercle vertueux des producteurs bio et pour ceux qui n’ont qu’une toute petite entreprise à échelle locale et “humaine” (je déteste cette expression) soit seulement quelques employés, les franchises et charges sont telles que ça ne suivrait tout simplement pas. On cultive et produit “bio”, à mon sens, déjà lorsque l’on refuse d’inclure tout pesticides chimiques et que l’on suit l’évolution, la maturation et l’épanouissement de la plante conformément à sa nature … mais ça c’est encore toute une autre histoire.

Ma transition make-up et autres n’a pas été difficile à faire en elle-même, c’est la quantité astronomique de produits géniaux qui a plutôt été dure à gérer, tellement de choix on veut tout essayer ! Ayant tout de même un budget largement limité les frais de port sont mon premier ennemi. Les produits en eux-même sont légèrement plus onéreux que des conventionnels, si l’on ajoute à cela 7 euros de fdp je ne peux clairement pas commander. J’ai donc sabré au niveau des sites et de leur fdp puis ensuite j’ai passé pas mal de temps à comparé les produits. Oui, ça prend du temps de changer d’habitude, oui ça demande des efforts, mais ça vaut le coup. Je l’ai fait à mon rythme, je ne voulais pas acheter dans l’urgence parce que je devais le faire, j’ai pris mon temps quitte à repousser de quelques mois. La seule conclusion que je peux donner à ce jour est que je ne reviendrai en arrière pour rien au monde ! On y gagne en tout.

 

Félicitations et un gros merci à ceux et celles qui ont lu jusqu’ici, je n’ai fait que survoler ces sujets qui me tiennent à coeur, je les développerai donc dans d’autres articles, qui seront beaucoup plus ciblés et je l’espère riches en informations. Et vous, êtes-vous sensible à ce genre de concepts ? Avez-vous passé certains caps ?

 

A lire également :

-> Bio à demi ?
-> De cosmétovore jamais rassasiée à consommatrice raisonnée
-> Faut-il rejeter les efforts des cosmétiques conventionnels ?
-> Les marques qui testent sur les animaux

2 thoughts on “Cheminement personnel vers une consommation plus “green”

  1. Je ne sais si c’est parce qu’il se rapproche de ma propre manière de pensé ou qu’il est infiniment personnel… peut-etre bien les deux, mais on article m’a beaucoup touché. Ô combien merci !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*