Ces éternels contrastes

Récemment, la bande de sales sorcières que nous sommes chez Sylphe s’est mise d’accord pour un thème d’article incluant “comment que l’environnement peut influencer sur notre pratique ?” et “comment que tu fais quand t’as, ou pas, un job, pour vivre ta spiritualité ?”.
Deux vastes questions. Si pour le job je peux relativement bien étoffer, en ce qui concerne l’environnement cela va être un peu plus difficile n’ayant pas eu d’expériences assez longues en ville pour faire la comparaison mais se sera un début, et mon petit doigt me dit que dans quelques mois j’aurais sans doute un peu plus à raconter.

 

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Hauts les immeubles et loin les chemins :
Je crois que je ne vous l’avais jamais raconté celle-là, mais, quand j’étais petite j’ai habité dans une caravane. Nous habitions en ville, sur un terrain, mes grands-parents avaient un mobile home juste à côté de nous, il y avait une grange, de l’herbe, des bambous très hauts mélangés à la haie, des poules, une tortue et derrière, chez la vieille voisine qui n’avait pas de haie mais un grillage, un petit chien que j’adorais (probablement le seul de ma vie, je supporte pas les petits chiens) qui était souvent assis en haut des escaliers menant à la porte d’entrée, il venait quand je l’appelais et je lui faisais plein de caresses. BREF, Löu ça y’est tu digresse déjà (de toute manière je sens que ça va être le maître mot de cet article). La ville ne me posait alors pas vraiment de problème pour peu que je me rappelle mais je sais que j’étais déjà bien plus portée sur la nature et les animaux. En somme c’était déjà un peu la campagne puisque je n’étais pas dans un appartement et que je pouvais courir et voir quelques animaux. Nous avons déménagé vers mes 7 ans dans un village et là ce fut la révélation. C’était chez moi, c’était mon appartenance. J’y ai vécu jusqu’à mes 19 ans, ensuite je suis partie faire mes bêtises. J’ai habité peu de temps à Bordeaux, quelques mois à Paris puis j’ai atterri à Besançon. Ma spiritualité n’était alors absolument pas “formée”, pas du tout aussi aboutie que maintenant (aboutie avec des guillemets, elle est toujours très jeune, mais plus “évoluée” qu’auparavant), j’étais curieuse de tout, je tâtonnais, je réfléchissais beaucoup (trop), mais j’étais clairement dedans, depuis très longtemps, je commençais seulement petit à petit à en prendre conscience.

tumblr_m1tesuohLd1qdyn1mo1_500 (3)Paris, j’ai douillé sévère (là par contre du coup je vais répéter un peu certaines choses que j’avais déjà dites dans de précédents articles, sautez si vous êtes là depuis longtemps). J’ai mis des semaines avant de prendre le métro seule, j’étais terrifiée par tout, autant que j’étais fascinée par les possibilités intellectuelles de la ville. Mais c’était trop, trop sale, trop bruyant, trop bétonné, trop angoissant, j’étais pas prête, je sortais de tout un tas de conneries, j’étais avec une personne que je n’aimais pas, je fuyais ma famille et moi-même évidemment tandis que je cherchais aussi désespérément qui j’étais et ce que je pourrais bien faire de ma vie. Pratiquer n’a jamais été quelque chose de naturel pour moi, je m’y attelle depuis cette année seulement mais avant, même si j’en avais l’envie je ne le faisais pas. Je pense que j’avais conscience de fantasmer sur  d’hypothétiques rituels, sur les résultats de ces rituels et sur la façon d’0pérer et comme je savais que je ne pouvais pas le faire ainsi, je ne le faisais tout simplement pas. S’ajoutait à cela le fait que je ne ressentais pas le besoin de ritualiser ou d’avoir une pratique plus concrète. J’étais curieuse de ceux pour qui c’était la composante principale de leur spiritualité, parfois j’en étais amusée aussi.

Je sais qu’il y a des personnes qui sont totalement à l’aise pour pratiquer en ville, c’est leur domaine, ils s’y sentent en harmonie. Après tout les énergies, les êtres, sont partout ! En cela je leur dis chapeau, j’en serais incapable. Dès que je suis coupée de la forêt je me sens amputée, vide. Mon oxygène c’est la nature, ma raison d’être, cela peut sembler prétentieux et exagéré mais pour moi ça fait totalement sens. Si je n’ai pas de grands espaces près de moi c’est simple je m’enfonce dans la déprime. Ce n’est pas une forme de victimisation c’est vraiment un mal être physique et psychologique. Je sais qu’il y a d’autres personnes qui ressentent la même chose, de même qu’il y en a qui ne sont absolument pas sensibles à la Nature, il en faut pour tous =)

Quand j’habitais à Paris il y avait une partie de moi qui pensait constamment à ma spiritualité mais l’autre bloquait totalement sur l’environnement, je me sentais asphyxiée et il ne me venait jamais à l’idée de pratiquer, c’était comme si c’était mort. Je savais que c’était à l’intérieur de moi mais en arrière plan, complètement occulté. Cela rejoint le fait que même en étant ici à la campagne je n’arrive toujours pas à pratiquer à l’intérieur, il faut que je sois dehors. Donc en ville en ayant accès à rien (les parcs je n’y arrive pas) c’était juste zéro de chez zéro.

J’ai conscience que quand je vais revenir en France j’aurais peut être pas le choix et que je serais obligée d’habiter en ville. Cela dit, dans la zone où je serais j’ai de la chance car les forêts et les hauteurs ainsi que les montagnes sont accessibles rapidement en voiture. J’y réfléchis déjà depuis pas mal de temps, cela pourra être l’occasion d’un nouveau tournant aussi dans mes pratiques, j’aurais mon propre chez moi où je serais seule (avec le lutin), se sera mon foyer, où je pourrais enfin déposer mon univers. Créer un sanctuaire végétal dans mon appartement est mon but pour ne pas étouffer de tout le reste, pour pouvoir me ressourcer en semaine en attendant de pouvoir aller battre la campagne les montagnes, le week-end quand ce sera possible. Cela me “forcera”, j’en ai besoin !, également à travailler avec les énergies végétales et minérales.

 

 

… shut up and take my money :
Il y avait assez longtemps que je n’avais pas rebondi sur l’article “Une vie simple“, que vous avez été nombreux à apprécier (merci encore !) et qui a fait beaucoup écho en vous. Cela fait maintenant 3 ans et demi environ que je ne travaille pas. Premièrement, parce que j’avais arrêté un boulot dès mon 4 eme mois de grossesse environ, je devais porter des charges lourdes et j’en avais ras le cul de ce job, deuxièmement hé bien parce que j’ai eu mon lutin par la suite, que je ne voulais pas le larguer à la crèche directement et troisièmement parce qu’après ben … j’ai pas réussi à retrouver un job.
Sans parler d’une situation personnelle extrêeeeeeemement chiante et compliquée, j’ai tout simplement pris goût à ne – presque – rien foutre. Je ne le nie absolument pas.
Ne pas avoir bossé pendant tout ce temps m’a permis de faire un gigantesque travail sur moi-même que je n’aurais jamais pu faire en bossant et en m’occupant ensuite en rentrant de mon gamin et de tout les à côté (vous pouvez virer le papa de l’équation, se sera plus simple pour comprendre). Je n’ai également jamais autant avancé dans ma spiritualité que ces 3 dernières années. Et honnêtement je n’ai absolument pas envie de travailler, bien que j’y sois obligée, parent solo tout ça tout ça. Ce n’est pas parce que j’ai envie de me la couler douce, de vivre au crochet de quelqu’un d’autre (c’est vraiment quelque chose que je supporte pas et qui me pèse énormément) ou de me la jouer hippie (paye ton stéréotype foireux), c’est simplement que je ne me suis jamais sentie aussi libre et autant en phase avec ma spiritualité et ça j’ai peur de le perdre en ayant à nouveau des journées au 3/4 dédiées à un job. Ma soeur m’a dit une fois qu’elle ne savait pas comment je faisais parce qu’elle avait l’impression que je n’étais pas du tout intégrée dans la société. Elle pense que je suis seule dans mon coin, que je me morfonds, que j’ai une vie triste. Mon coeur a fait un bond, ça m’a blessé et m’a mise en colère. Je suis un cliché pour elle, elle en est un pour moi : une personne qui pense trouver son bonheur et son équilibre parce qu’elle travaille. Nous avons un gros gros problème avec le travail, ça date clairement pas d’aujourd’hui. Moi je ne comprends absolument pas comment des gens peuvent s’épanouir en se tuant au boulot et eux ne peuvent pas comprendre qu’on puisse jouir de la vie en n’ayant pas de métier. Si l’argent n’entrait pas en jeu je n’en aurais pas (de métier). Contempler la vie, c’est ce qui me fait sentir la plus entière et la plus heureuse.

d6a1f64567e73a55e8a4ae14a99da364Mais, comme dit précédemment, je suis obligée de trouver prochainement un job, alors comment faire pour allier les deux ? Quand j’habitais à Besançon je travaillais dans une Biocoop et j’avais absolument adoré. C’est le seul job qui me donnait de la satisfaction et qui rentrait dans mon mode de vie. Idéalement j’aimerais retrouver un boulot là dedans. Si je n’ai pas cette chance, et parce que je n’aurais pas la folie de faire la fine bouche,  il va y avoir un battement de quelques semaines, peut être quelques mois si j’atterri dans quelque chose qui me fou la gerbe, pour trouver l’équilibre adéquat.
Ce qui est important pour moi c’est de ne pas faire tourner ma vie autour de mon travail. Si j’ai un boulot de merde, je veux pouvoir rentrer chez moi et l’oublier totalement, me ressourcer et ne pas y penser. Seulement, je garde toujours en tête soit de ne pas bosser si je suis re-en-couple-plus-tard, soit d’arriver à bosser depuis chez moi. I know, i know, i dream. Mais cette liberté j’y ai goûté et je sais que je chercherais toujours à y retourner. Au fond peu importe si j’y arrive, je sais que cela m’apportera de nouvelles rencontres, de nouvelles opportunités, se sera à moi de les saisir.

Peut-être que le fait de n’avoir  jamais trouvé ma voie a joué un rôle assez conséquent. J’ai voulu faire des tonnes de métiers, j’ai fait des études dans plusieurs domaines, je ne les ai jamais finies. Il n’y avait rien qui me donnait la passion nécessaire, qui me prenait les tripes, qui me faisait me dire : c’est ça que je veux faire et rien d’autre. J’ai toujours été dans le “tiens je pourrais peut être faire ça”, ce n’était qu’une hypothèse suspendue .. en ce sens j’ai toujours admiré les personnes qui se donnaient et donnaient corps à leurs études / leur métier. Je trouve ça beau quand c’est fait avec passion et sans contraintes. Cet élan je ne l’ai jamais ressenti. Le mien il m’enveloppe quand je fais une randonnée, quand j’écris ici, quand j’écris des lettres, quand je fais des cueillettes, quand je regarde le crépuscule prendre forme (and so on). Je me dis dans ces moments là : c’est ça ce que je veux faire jusqu’à ce que j’en crève. Vivre simplement, c’est mon métier.

Utopie ? Fantasme absolu ? Fuite de la “réalité” (y’en aurait des choses à dire la dessus tiens ..) Même parasite pour la société ? (si je bosse pas je participe pas à l’économie blablabla). J’ai un peu envie de dire : fuck off. (ça faisait longtemps hein ? :P) Je ne demande à personne son avis sur la façon dont je considère si le mode de vie que j’ai choisi (ou qui m’a choisi ? diantre, y’en aurait des choses à dire bis ..) correspond à ce que la société aimerait ou m’ordonne que je fasse. Ce n’est pas l’équilibre de la société que je recherche c’est le mien. Je ne veux pas rentrer dans la spirale infernale du dictat “tu dois bosser femme ! tu dois payer tes impôts, tu dois regarder le JT de 20H, tu dois acheter des plats préparés surgelés, tu dois,tu dois, tu dois !!”, ça c’est ma mort assurée.
Mais je laisse les portes ouvertes, je reste aussi les pieds sur terre (même si ce n’est pas forcément visible dans cet article, huhu) et je sais que certaines concessions sont à faire. Mais je sais aussi qu’on a pas des neurones pour rien, il faut savoir être malin, tourner à son avantage les évènements qui popent dans la vie, travailler de concert avec l’univers et surtout, surtout, surtout continuer d’avoir des envies, des rêves, des buts.

Mes poules et mes chèvres restent dans ma tête, ma vieille maison en moyenne montagne aussi. C’est bon de rêver non ? ça fait avancer, se sont de douces espérances.

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La messe des pâquerettes
Herbwitchery
L’île sacrée
Le grimoire lunaire
L’île aux feuilles
Renarde et sorcière
La voie de Gaïa

9 thoughts on “Ces éternels contrastes

    1. Oh ben écoute ! *grooooos hug !* (ouai parce que moi non plus je trouve pas vraiment de personnes qui ont à peu près la même vision sur ce sujet si délicat ^^”)

  1. ah le travail sensé nous épanouir…moi je lui demande juste de remplir le chaudron…

    mais oui rêve!! A 17 ans je faisais des rêves de dingue (je ne voulais pas de chèvre mais les poules et la bicoque oui), aujourd’hui j’ai presque tout ce dont je rêvais! alors je ne cesse de faire encore d’autres rêves!! ça peut marcher!
    Avec tout ça à 70 ans on aura un bus aménagé et on fera plein de voyages et nos enfants viendront nous voir ici et là…

  2. Je sais que je vais jouer les rabats joies avec ce post mais je me lance.. Si tu as trouvé ton équilibre c’est bien mais je trouve ton article un peu maladroit. Une bonne partie des français sont ouvriers, caissiers ou encore femmes de ménage et ça m’étonnerai qu’ils continuent à bosser “par passion” ou “parce qu’ils veulent rentrer dans le moule de la société”, bref la vérité c’est que personne ne veut bosser et tout le monde veut avoir de l’argent. Après tu peux remettre en cause le système qui nous obliges à sur-travailler pour une misère mais pas ces braves gens qui se lève pour vivre et cotiser pour subvenir à ceux qui ne bossent pas (dont je fais parti). Après je vais parler personnellement, je ne travaille pas et je vit d’aide, c’est vrai que j’ai pu privilégier ma spiritualité mais aucun épanouissement là-dedans.

    1. Ohla mais je ne stigmatise personne au contraire ^^” Caissière je l’ai été, j’ai même fait ud porte à porte, j’ai fait plein de jobs “ingrats” 😉
      C’est pas du tout les gens que je remets en cause mais le système oui qui ne nous permet pas d’épanouissement personnel dans le travail en général.

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