La peur, cette fidèle

Cela faisait vraiment longtemps que j’avais envie d’écrire cet article mais je n’avais pas eu le déclic pour m’y mettre. C’est en lisant celui d’Aranna et en particulier ce passage : “Au passage, j’aimerai un jour voir qui a les couilles d’aller de nuit dans une forêt. Qui avoue s’être pris une flipette de tous les diables. Qui y va avec un couteau de chasse dans le treillis. De mémoire, je me souviens d’une seule et unique personne (je ne citerai pas le pseudo par discrétion, mais je m’en rappelle très bien) qui a avoué un truc du genre sur son blog, une rencontre nocturne avec un blaireau. Et 7 ans après, je pense toujours la même chose : “putain, une qui pratique pas pour le décorum.” Respect Meuf.” “ qu’il m’est venu toutes les réflexions qui me manquaient. Je me souviens avoir souris en lisant ceci parce qu’aller en forêt la nuit est une de mes plus grosses trouilles. J’y suis déjà allée, accompagnée, c’était beau, c’était calme, mais j’ai clairement chié dans mon froc les 3/4 de la traversée. C’était pas une petite réunion au coin du feu c’était une marche d’un point A à un point B en ressortant sur une magnifique vallée un soir de pleine lune.

Ceci est ma première peur, sans doute la plus viscérale, la nuit en forêt. Pas à cause des animaux (même si j’aimerai pas me retrouver nez à nez avec une famille de sangliers ou même un seul) j’ai peur des hommes. J’ai peur de me faire assassiner, de tomber sur un barjo, qu’on me retrouve en morceaux dans un fossé. C’est complètement débile je le sais, j’ai plus de chance de me faire renverser par un abruti en sortant de chez moi  que de finir en mangeoire pour les vers. Mais c’est quelque chose qui est très ancré. Pourtant aller en forêt la nuit pour entendre les cris une-femme-est-entrain-de-se-faire-torturer des renards, les hiboux, voir les chauve souris tournoyer au crépuscule, sentir les odeurs de la nuit et m’envelopper du calme autant que faire se peut de la forêt , c’est quelque chose que j’ai toujours voulu faire, mais j’ai la trouille. Je sais qu’un jour j’arriverai à dépasser ça, j’irais les jambes en coton et vérifiant un million de fois que mon couteau est bien dans ma poche et probablement que je dormirais pas de la nuit et que je me réveillerais au moindre bruit mais je l’aurais fait, et ça aura pas été pour me la péter (faudrait être un peu neuneu) mais parce que j’aurais commencé à débloquer quelque chose. J’ai déjà commencé cet été en restant petit à petit de plus en plus tard dehors la nuit sur les chemins, voir les biches sortir était ma récompense. Et justement parce que la forêt est si importante dans tout ce que je suis il m’est nécessaire de faire tout ça, je ne peux pas seulement la connaitre de jour.

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Plus concrètement dans mes pratiques la peur est un élément qui a tout jalonné. Je n’ai eu que quelques rares expériences précises ce n’est donc pas ça qui a fait mon terreau mais un savoir intime tiré de je ne sais où que tout existait et que tout était possible. J’en ai toujours eu l’intime conviction et je me suis mis des freins dès le début. C’est aussi pour cela que j’ai mis énormément de temps pour aller dans ma propre pratique. Il y a toutes les peurs que l’on rencontre au quotidien, la peur de rater, la peur de ne pas être à la hauteur, la peur de se rendre compte qu’on a rien de spécial. Il y a toujours eu le culte de l’élu, de celui qui a quelque chose en plus, à travers l’histoire, à travers les religions, les mythes etc. Et je pense que l’on se traine ça inconsciemment. Ma peur de me rendre compte que je n’ai aucune capacité m’a très longtemps empêché de faire quoi que se soit. Et ce qui peut sembler paradoxal, la peur d’être capable de faire des choses m’ a tout autant ralenti. Et ça parait tout couillon dit comme ça, pourtant ça devient très handicapant si on arrive pas à en sortir dès le début.
Je pense qu’intrinsèquement il y a aussi la peur de ne pas être compris et/ou d’être rejeté à cause de ce que l’on pourrait raconter comme expérience. Le net-néo-paga’ étant déjà complètement à côté de ses propres pompes et affublé d’œillères gigantesques je pense qu’il y en a plus d’un(e) qui n’ont jamais raconté quoi que se soit par peur d’être mal vus, mal jugés, incompris, montrés du doigt etc. Exemple tout con : j’ai mis un temps fou à proposer des tirages pour mes ami(e)s. Parce que d’un j’étais pas du tout sûre de ce que je faisais et que j’avais peur qu’ils se disent qu’en fait je faisais de la merde, que je m’y prenais trop mal etc, et de deux parce que comme ce n’était pas pour moi il y avait la peur de rentrer dans l’intimité de l’autre sans le vouloir, ainsi que de blesser en mettant face à quelque chose (une peur, un rejet, un problème récurant etc) et qu’ensuite la personne m’en veuille. Il y a eu aussi la peur que les choses me reviennent dans la gueule, et éventuellement aussi sur la personne impliquée qui prenait déjà bien assez cher,  c’est pour ça que je n’ai jamais fait le seul bannissement que j’ai voulu faire de ma vie, même si protections  blablabla. Au final en ayant pris du recul sur ce que je voulais faire j’ai compris que ce n’était pas à moi de punir cette personne, que moi ça ne m’apporterait qu’une satisfaction qui pue genre enflage d’égo, et que la vie et tout ce que cela peut signifier allait très bien s’en charger toute seule.

Il y a eu la peur de voir et d’entendre également. Des années de films d’horreur biaisant complètement ce genre de capacités, j’ai toujours souhaité pouvoir aider les défunts qui en avait besoin mais ma peur d’en voir un débarquer au coin de mon couloir pile quand j’allais évidemment regarder par là, avec l’arrière du crâne fracassé avec une hache genre Sixième sens (ce film m’a traumatisée lol)(avec la musique bien flippante en arrière plan)  était plus forte que cette volonté.
J’avais peur aussi de devenir tarée. Comme les gens qui sont complètement déconnectés et qui ne se comprennent plus qu’eux-même, qui ne sont plus capables d’interagir avec les autres même pour aller acheter du pain, tellement leurs expériences ont été fortes et qu’ils n’étaient pas prêts, ils pètent un plomb et vivent dans des fantasmes.
Ayant compris que je pouvais entendre et voir mais d’une manière totalement différente, j’ai pu travailler ce terrain là et lâcher du lest, évacuer en partie cette peur du popage d’entité chelou pile quand tu tires ton rideau de douche.

On en revient toujours au même problème : c’est constamment l’égo qui filtre. Toutes les peurs sont reliées à l’égo, cet insupportable commentateur de la moindre petite chose. Mais finalement même si parfois je me dis que j’aurais pu/du être plus courageuse, faire confiance et que j’aurais du coup déjà un peu plus avancé maintenant je ne peux m’empêcher de me dire aussi que j’ai bien fait tout au long de mon parcours de ne pas foncer tête baissée parce que des trucs moisis j’aurai pu en faire tellement j’étais curieuse de tout. Curieuse mais sacrément trouillarde et ça a eu du bon.

Finalement être une grosse chiffe molle moi ça m’a bien rendu service plus d’une fois, et surtout ces temps-ci, les réflexions qui en découlent sont plus riches, plus profondes, elles touchent directement à l’égo, qui est le plus gros travail sur lequel bosser en spiritu’. Je travaille sur l’enracinement, la confiance en soi, l’amour propre, sur l’acceptation de rater, de ne pas faire bien au début, etc, bref tout ce qui peut servir au quotidien dans n’importe quel domaine. Du coup j’avance, et cela me fait plaisir parce que je me dis que j’évolue, je me rapproche tout petit pas par tout petit pas de mon Moi supérieur comme dirait Christophe Allain, je trouve que c’est une bonne formulation pour parler de notre être divin. Travailler sur ses peurs est vraiment dur, ça soulève tout, ça vous met le miroir bien en face limite collé à 2 cm du pif, ça oblige à prendre conscience de [insérer ici n’importe quoi], ça met en colère aussi, beaucoup, souvent. Mais nous qui arpentons les chemins tortueux c’est un passage obligé, c’est autant le bouclier embrasé que le gibet au loin, et si l’on est sincère on met les deux pieds dans notre propre fange, peu importe le temps que cela prendra, mais on en ressortira plus humble, plus noble.

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12 thoughts on “La peur, cette fidèle

  1. Merci! J’ai découvert ton blog hier soir et j’ai aimé vraiment. Ca fait cliché de dire je me suis retrouvée dans chaque mot que tu as écris etc… mais ça vrai. Et ça fait plaisir (et ça soulage aussi) de savoir que l’on est pas la seule à être comme ça. 🙂

    1. Oh merci beaucoup =) On se croit toujours seule un moment ou un autre mais c’est justement quand on pense ça qu’on devrait se rappeler qu’on est tous connectés, et donc qu’il y a au moins potentiellement une personne sur terre qui vit la même expérience ^^

  2. au-delà des angoisses personnelles de l’auteur concernant la forêt et les serials killer, il faut se rappeler qu’aller en forêt la nuit ce n’est pas quelque chose de naturel pour l’homme. Je m’explique: cette peur phobique est un archétype de la nuit des temps qui nous ramenes à nos origines lointaines… il ne faut pas croire que c’était naturel pour les Anciens de faire la même chose: il n’y a qu’à lire les passages de Lucain sur les sombres et épaisses forêts aux arbres torturés où se cachent des êtres divins (centaures, sanglier divins, êtres monstrueux), notamment Pan qui se plait à créer des “peurs paniques”….cette peur moderne des serials killer est donc une peur originelle de l’inconnu, des lieux sauvages, de la nuit froide là où l’homme n’a pas sa plaçe, et qui le fait regreter d’être sorti de son foyer rassurant (foyer= feu dans l’âtre, chaleur, lumière, protection contre le dehors…).

  3. Je partage beaucoup de tes peurs : la forêt, oui, pour les mêmes raisons que toi, et j’avoue me sentir moins seule, car malheureusement, on n’est pas au pays des Bisounours… La peur de mal faire, de ne rien ressentir, de trop ressentir… Avec le temps, on en apprend la cause, on peut en dompter certaines. Je la pense complètement inhérente à un cheminement spirituel, donc à l’ego. Je pense aussi qu’il existe plusieurs sortes de peurs, dont celles “extérieures” (comme cette crainte de se faire attaquer en forêt, la peur des autres), des peurs profondes, personnelles, à travailler, et aussi une peur que je relierai à l’instinct, qui met nos sens en éveil pour nous ralentir, et nous sauvegarder.

  4. Je suis tout a fait d’accord avec toi…. moi c’est le contraire de toi je suis trop téméraire…. :/ je vais surement me casser la gueule un jour mais en attendant chaque fois que j’ai un projet en tête je me dis pourquoi pas*** LOLL heureusement ya des gens comme toi qui croise mon chemin pour me tirer la bride mhahahaah
    Merci pour ton blog 😉
    c’est presque ‘une mise au défi une nuit en foret…hum pk pas 😛 (lol)

    1. Oh, merci à toi de le lire =)
      C’est bien aussi d’être téméraire ^^ Il faut arriver à trouver un juste milieu qui convienne à chacun.
      C’est mon défi aussi, si tu le fais tiens moi au courant 😛

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