vagabonde

Ce que la spiritualité m’a apporté

Voilà un article pour lequel j’ai bien eu du mal à trouver mes mots et à ordonner mes pensées. Car c’est quelque chose de plutôt vaste n’est-ce pas ?
Cet été lorsque je suis partie faire un break à l’autre bout de la France c’est une question qui est revenue de temps en temps. Je n’avais pas l’impression que c’était vraiment moi, au final, qui me la posais. Elle m’a été susurrée, montrée comme un sentier à prendre pour se rappeler certaines choses que la colère, la tristesse et bien trop d’autres occlusifs ne doivent pas me faire oublier tout ce que la spiritualité m’a apporté jusqu’ici.

Beaucoup de fois je me suis demandée comment aurait été ma vie si elle n’avait pas été jalonnée par la spiritualité. Si j’avais été une personne « normale », qui voit le monde tel qu’on lui présente, sans chercher plus loin. Qu’est-ce que je serais devenue ? A quoi aurais-je occupé mon temps ? Quelles auraient été mes passions ? Etc ..
Ces derniers mois particulièrement j’ai souvent pensé que la conscience du monde et de moi même que j’ai acquis durant ces dizaines d’années étaient plus quelque chose que je trainais. Je me souviens avoir dit à certains de mes amis que j’aurais du naitre belle et conne et que les choses ainsi se seraient sans doute mieux passées. Rester dans une naïveté et un débilitisme bienheureux où je n’aurais jamais rien remis en cause, j’aurais fait des études, je me serais bien entendue avec ma famille, et tout ce qui s’en suit. Un boulot, un mari, une maison … une affligeante et triste vie banale. Et quand je m’imagine comme ça je ne peux pas faire autrement que de remercier de ne pas l’être.

Je pose clairement un jugement de valeur et c’est quelque chose que j’assume parfaitement. Il n’est pas violent, il n’est pas dédaigneux, il est froid, comme un constat, neutre et sans colère. Sans doute que beaucoup de gens sont heureux comme ça, à faire partie d’une masse informe, à gober tout ce qu’on leur sert, à se laisser manipuler d’un côté et de l’autre. Et au fond pourquoi pas ? Mais non, ce mais au fond pourquoi pas, je ne peux plus l’entendre. On dit souvent que tant que ça ne fait pas de mal aux personnes concernées quel problème cela pose t-il ? C’est une phrase passe partout que je trouve vraiment dérangeante et pernicieuse. C’est vrai, si les gens sont heureux comme ça pour quoi les éveiller ? Pourquoi leur montrer ce qui ne va pas ? Laissons les dans leur petit bonheur préfabriqué. Eux sont bien, nous ça nous fera du boulot en moins, tout le monde est content.
Pourtant que cela soit clair je suis quelqu’un pour qui la vie privée est vraiment très très privée, je m’efforce toujours d’essayer de comprendre la personne que j’ai en face de moi en taisant les réflexions personnelles stéréotypées qui débarquent automatiquement dans ma tête. Parce que j’ai conscience des douleurs, des tragédies, des morceaux de vie envolés, qui forment un bouclier costaud que tout un chacun se traine en premier au lieu de choisir celui de l’amour, du courage et de l’espérance. Et avant de juger les autres, car j’ai bien entendu conscience de le faire, même si je travaille énormément énormément ce point là, c’est avant tout moi même que je remets en question. J’essai de me mettre dans d’autres chaussures, j’essaie de tourner les circonstances sous un autre angle pour ne pas être aveuglée. Jusqu’ici cela m’a bien et beaucoup servi. Cela évite des malentendus, des erreurs de jugement trop faciles, une pollution de l’esprit contagieuse qui fait marche arrière. En cela oui la spiritualité m’a énormément aidée, ainsi que mes propres réflexions.

Comme beaucoup de gens le savent je ne ritualise pas (pas encore), je n’ai pas de capacités très développées (pas encore), je n’échange pas avec des déités, je suis solitaire. Est-ce que pour autant je passe totalement à côté d’une vie spirituelle ? Pas le moins du monde. J’affirme qu’il n’est pas du tout besoin d’être medium, prêtresse ou que sais-je encore pour vivre une spiritualité pleine, complexe et incroyablement enrichissante. C’est avant tout de sa tête dont on se sert, et il me semble que tout un chacun, idéalement, sait en faire bon usage. J’ai grandi dans une famille à des années lumière de la spiritualité, je me suis élevée quasi seule (éducation), personne n’est venu me voir, personne ne m’a appris. On pourrait me sortir la théorie que j’ai choisi avant de m’incarner dans ce genre de vie parce que ci parce que mi. Cela ne règle pas la question, cela ne fait qu’en poser, inutilement, puisque les réponses ne seront probablement données qu’une fois de l’autre côté. C’est un fait il y a des gens qui vivent, respirent, bouffent, rêvent, pensent constamment « spiritualité », il y en a d’autres qui ne le seront jamais, tout juste s’ils connaitront le mot. Pourquoi ? Et pourquoi se poser la question ? C’est ainsi, chacun son chemin.

Le mien a débuté quand j’étais gamine. Ma mère me disait il n’y a pas si longtemps encore que j’ai toujours été dans mon monde de fées, de merveilleux, d’émerveillement, je voyais les choses autrement. Et je n’en avais absolument pas conscience, un enfant ça s’adapte à tout, ça fait chanter l’eau, ça court avec le vent, ça pardonne les petites traitrises et ça éclate de rire. C’est la prise de conscience qui est douloureuse. Est-ce que c’est à cause de la spiritualité que l’on se sent si différents des autres ou est-ce nous même qui nous mettons consciemment ou pas à l’écart ? Je pense que c’est un peu des deux. Il y a un double tranchant à marcher dans ce monde. D’un côté nous réalisons tout ce que nous ne voyons pas avec nos yeux, mais qui existe, nous allons au-delà, nous sentons, nous ressentons, nous évoluons. La vie n’est plus la vie, elle est un tableau qui s’étend à l’infini où les couleurs sont mouvantes, un tableau que l’on redécouvre chaque jour et qui nous laisse sur les genoux, sa beauté nous saisissant à chaque instant. Nous marchons sur les sentiers d’absolution, d’abandons, d’écorchements. Nous prenons la grande boucle de 8 heures au lieu de prendre le calme sentier plat de 2. Et on sue, on saigne, on laisse des bouts de chair, on laisse des bouts de soi, on rampe, on pleure, on demande grâce. Et au bout du tunnel on renait. On se transforme, jour après jour, on dialogue avec la vie et tout ce qui la compose.
Et bien que pour rien au monde je n’échangerais ces expériences je dois aussi admettre qu’elles ont contribué à prendre une voie solitaire, une voie d’écoute plus que de parole, une voie de frustrations. Parce que même si je fais l’effort d’aller vers les autres, même si je fais le pas il y a un gouffre béant entre eux et moi. Il y a les soupirs qui me viennent parce que je n’arrive pas à tenir une conversation « normale » qui me parait affreusement vide de sens et de naturel. Il y a les paysages que je préfère regarder en fermant mes oreilles plutôt que de prendre part à des débats sans fin, complètement creux et idiots sur la politique, le chômage, la sncf. Alors qu’il y a tant, tant de magnifiques sujets sur lesquels discuter tranquillement, apprendre aux autres et des autres, s’enrichir, se donner. Et toutes les fois où j’ai dévié la conversation avec douceur sur ce terrain, l’incompréhension, le désarmement, l’incrédulité font face. Visiblement on ne doit que râler à longueur de temps pour que les gens daignent vous écouter. Quand cela demande un peu trop de réflexion personnelle il n’y a plus personne. Qui pour parler de poésie ? D’un passage d’un livre qui vous a tenu éveillé la nuit parce que vous n’arriviez plus à taire votre esprit qui partait à 100 à l’heure dans des réflexions qui ne s’arrêtaient plus ? Qui pour parler des sentiments qu’engendre le lever du jour, une odeur particulière, une musique ? Qui pour remonter le moral sans sortir des phrases toutes faites que l’on ressasse juste parce qu’on les a entendu depuis l’enfance et auxquelles on a même pas réfléchis ? Pour élever un ami, lui faire comprendre sa force, son courage, sans culpabilité, sans chantage, sans jeu égotique ?

J’y arrive parfois, pendant quelques minutes. Je donne, je questionne avec retenue mais avec beaucoup de joie. Peu de réponses, peu de contacts et puis tout s’arrête. On en revient à des discours usés et usant, des réponses sarcastiques fusent dans ma tête, je suis en colère, je suis désappointée. Pourquoi les gens ne voient pas au delà ?
C’est ma faute aussi sans doute, je devrais continuer, être persévérante, comment puis-je me plaindre si je ne fais rien ? Mais laissez moi vous dire qu’au bout de longues années, on se rend compte que c’est soi même que l’on use. La corde n’est pas éternelle, elle lâche.  Alors on se dit qu’il serait peut être temps de laisser tout ça, que finalement le meilleur exemple que l’on puisse donner c’est son propre comportement. Pas besoin de militantisme, chose qui me répugne, il faut accepter que certaines personnes comprendront et beaucoup d’autres pas. Mais ce n’est pas seulement de notre fait, il y a énormément de paramètres qui ne dépendent pas de nous.
C’est en ouvrant les yeux sur tout cela que j’ai pu trouver ma paix, le commencement de ma paix. Il n’y a rien d’égoïste, premier argument du troll qu’on viendra immanquablement vous balancer à la figure, s’occuper de soi c’est au contraire se donner tout les moyens pour interagir avec les autres. J’aimerai bien qu’on me dise comment on peut tendre la main à quelqu’un quand on est soi-même rempli de haine (pour soi-même, pour les autres), de dégoût (bis), et qu’on est blindé de préjugés tout aussi ignobles.
Je suis un mystère pour mes proches, j’évolue dans une sphère qu’ils ne comprennent pas parce qu’ils ne veulent pas y mettre les pieds, pas d’efforts de leur côté, pas d’efforts du mien. Et bien que cela peut sembler radical et réfractaire, je rappellerai aux bien pensant que c’est une petite mort, lente et très douloureuse, que de vouloir plaire et se conformer à sa famille. Il faut le vivre pour le comprendre, il faut avoir assez de sagesse pour l’accepter.

La spiritualité, au final, c’est beaucoup de choses qui se recoupent, des éléments improbables qui s’ajoutent et qui n’ont a priori rien à faire là ; beaucoup d’auto dérision quand on kick son égo, beaucoup de manteaux tels qu’ égocentrisme, vantardise, domination, supériorité, avarice etc que l’on délaisse au fil du temps. Pour moi c’est grâce à mes lectures, mes heures passées à réfléchir, et celles où je me suis forcée de ne pas réfléchir (ça fait toute la différence), les choses qu’on laisse reposer et qui tout d’un coup vous font le cadeau d’un éveil, d’un clac dans votre esprit qui permet d’emboiter correctement le puzzle. C’est l’apprentissage de tout ce qu’on ne nous apprend pas alors que c’est par là que l’on devrait commencer : confiance en soi, patience, lâcher prise, respect de soi-même, du corps, douceur, abnégation, positivisme, écoute et j’en passe. Ces myriades de perles que l’on enfile patiemment, très patiemment, pour pouvoir petit à petit porter ce cadeau que l’on se fait.

Ce sont aussi des connaissances, des ami(e)s, que cet univers m’a apporté. Certains de passage mais heureusement beaucoup de personnes présentes depuis des années. Oh des mélodrames il y en a partout, que l’on soit dans la spiritualité ou pas. J’en ai eu, j’ai fait ma part sans doute. Et quand j’y repense je rigole de ma bêtise et de celle des autres, avec beaucoup de douceur. J’ai appris à ne pas être rancunière, trop de poison qui coule. Des gens donc, avec qui je peux discuter de sujets sans avoir un retour que les common people  me feraient (yeux qui roulent, air ennuyé, sceptique et tout ce qui s’en suit)  je n’ai pas à me justifier, je n’ai pas à déguiser mes phrases, je peux parler librement.
Ils m’aident à aller de l’avant, à évoluer. Ils me secouent de manière différentes, parfois ils ne disent rien, pendant longtemps, et cela est bien aussi. Mes amis ne valent pas mieux ou moins que ceux des « autres ». Ils naviguent juste sur les mêmes eaux que moi, tempétueuses, les plus dures, les plus dangereuses, ils ont accepté comme moi que la vie que l’on nous impose dès que l’on nait n’est pas celle que l’on doit expérimenter. Il y en a une autre, cachée, qui ne se révèle que lorsque l’on a compris et accepté qu’il faut déchirer le voile.

Ai-je tord, ai-je raison ? Mes façons de penser, d’appréhender les choses, sont-elles meilleures que celles des autres ? Parfois je pense que oui, mais je garde ce sursaut d’esprit taquin pour moi. Est-ce que le monde serait meilleur si nous étions tous dans la spiritualité ? Qui peut le dire ? Où serait l’apprentissage, l’évolution, les magnifiques épiphanies, les moments incroyablement douloureux où on en chie sa race pour en ressortir complètement béat et l’air con mais baignant dans une ivresse absolue ? Je crois bien que je préfère ce monde là qui me donne l’opportunité d’expérimenter ces instants qui parfois sont si forts qu’il n’y a aucun mot, dans aucune langue, pour les retranscrire.
C’est tout cela et bien plus encore que m’a apporté la spiritualité. Est-ce que je l’ai choisie, ou est-ce que c’était une vie à laquelle j’étais dévolue ? Voilà encore bien des questions qui resteront sans réponse. Ces petits bilans en ce moment font du bien, j’espère que ces modestes partages vous aideront aussi à éclaircir vos réflexions et pensées.

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“I am one of the searchers. There are, I believe, millions of us. We are not unhappy, but neither are we really content. We continue to explore life, hoping to uncover its ultimate secret. We continue to explore ourselves, hoping to understand. We like to walk along the beach, we are drawn by the ocean, taken by its power, its unceasing motion, its mystery and unspeakable beauty. We like forests and mountains„ deserts and hidden rivers, and the lonely cities as well. Our sadness is as much a part of our lives as is our laughter. To share our sadness with one we love is perhaps as great a joy as we can know – unless it be to share our laughter.
We searchers are ambitious only for life itself, for everything beautiful it can provide.”

– James Kavanaugh

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2 Comments

  • Reply
    Alice Bell
    19 septembre 2014 at 19 h 54 min

    Merci pour cet article. Je m’y retrouve beaucoup (j’ai arrêté de sortir dans les bars justement pour éviter ces conversations vides de sens dont tu parles) . Ces derniers temps j’ai arrêté de chercher, je m’applique à observer.

    Bien à toi, avec mon amitié,

    Alice.

    • Reply
      Löu
      19 septembre 2014 at 19 h 56 min

      Merci Alice =)
      Je crois en effet qu’il vaut mieux arrêter de chercher. Et continuer de regarder, que se soit avec nos yeux ou d’autres sens, la magnifique dans de la vie.
      Avec toute mon amitié également.

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