vagabonde

L’énigme intérieure

Ces derniers mois, l’année dernière entière, ou peut être encore faut il remonter plus loin, sans doute, ont été des orages et des tempêtes qui m’ont laissée avec des trous béants. Chaque fois que je ramassais mes cendres elles s’écoulaient de mes doigts, je ne reconstruisais rien. La force que j’avais me permettait seulement de tenir encore un peu debout et de ne pas choisir une solution facile qui aurait mis un terme à ces vagues incessantes qui venaient s’écraser sur moi.
J’ai pensé pendant un temps que ma spiritualité serait mon bouclier, qu’en m’immergeant en elle j’arriverais à puiser ma sève et que j’aurais assez de ronces qui auraient poussé pour arriver à tenir le choc. Mais ce fut un des constats les plus dur à avaler : ma spiritualité a volé en éclat, ma spiritualité ne valait rien. Je ne me jette pas la pierre, je sais que j’en étais venue à une fatigue mentale absolument impossible à gérer et que me raccrocher à ma spiritualité c’était comme me raccrocher à une bouée de sauvetage crevée, ça ne servait à rien. Mais il ne me restait que ça, pour continuer de puiser quelque part, un sursaut de quelque chose, une énième pensée qui m’aiderait à appréhender le jour suivant, une prière tellement faible que pas une âme ne l’entendrait.
Alors j’ai fait ce que j’avais à faire parce que de toute manière je n’avais plus goût à rien. J’ai arrêté de vouloir sortir la tête hors de l’eau, j’ai tout arrêté. Il n’y avait plus de noms, il n’y avait plus de souffle. Et au moment où j’ai fait silence, ce silence-ci qui n’est pas explicable, une toute petite étincelle a éclaté dans un minuscule big bang intérieur.
J’ai laissé mon regard s’attarder sur les nuages noirs, j’ai laissé mes oreilles se repaitre d’orages, j’ai laissé ma peau boire la pluie, j’ai laissé mon cœur s’arrêter de battre pour mieux écouter ce que tout le reste avait à me dire. Je me suis laissée le temps de ne rien faire, d’être simplement là. De ne rien chercher, de ne rien vouloir.

Mes réflexions se sont arrêtées, je ne lisais plus rien, je ne voulais pas interagir. Je voulais seulement aller lire le soir dans le champs que j’ai/qui m’a choisie. Je voulais seulement laisser ce silence de coton m’envahir et que ma respiration reprenne, plus profonde, plus sereine et non plus saccadée de sanglots sans cesse refoulés, de souffle coupé parce qu’éternellement angoissée. Cette expérience du vide, que je suis toujours entrain de vivre, est une planche de salut. J’ai commencé à saisir à quel point il y a tout dans rien. De la vie qui m’a été donnée je retiendrais pour toujours ces 3 choses : le souffle, l’amour, l’univers qui nous habite autant que nous habitons.

ca0023b25002b772baf8dc9e916f1ac5 L’abandon est une notion que j’ai rattaché au centrage. J’avais demandé récemment à une connaissance « mais comment faire pour se recentrer ? ». C’était une notion que je n’arrivais pas du tout à intégrer et à comprendre. L’ancrage était la réponse qui revenait le plus souvent, mais pourtant quelque chose n’allait pas, je ne me sentais pas attirée par cette méthode et elle ne semblait pas me convenir. Récemment j’ai eu un ressenti physique et émotionnel de mon éparpillement. Je me suis sentie scindée en plusieurs morceaux qui se baladaient sans aucun contrôle. Cette sensation extrêmement dérangeante et particulière m’a fait comprendre que j’étais sur le point de me perdre, si ce n’est définitivement, pour au moins très longtemps. Alors que faire ? Abandonner. Arrêter de se faire du mal, arrêter de se gifler soi-même, de s’étrangler, de s’écorcher et que sais-je encore. Cet abandon, qui ressemble beaucoup au lâcher-prise, est un « j’arrête » qui démontre toute la force que l’âme cache encore au fond d’elle. C’est l’ultime bastion qui s’effondre, le dernier ennemi, le plus dangereux, le plus coriace, c’est à dire soi-même, qui tourne le dos et qui baisse son arme en se disant qu’il serait peut être temps de rentrer à la maison. Cet abandon c’est tout simplement de l’amour. La main que l’on se tend, l’embrassade que l’on ne se donne jamais. C’est un état de grâce que l’on s’offre en cadeau, comme un joyau.

Ce centrage c’était mon abandon. Le début de ma reconstruction n’a pas été une surprise pour moi, il a suivi les chemins que j’emprunte depuis presque 20 ans maintenant. Et c’est à partir de là que j’ai également repuisé de la force et surtout de la foi. La mer qui ressasse ses vagues charrie inlassablement de nouveaux éléments, mais elle reste la mer, immuablement. C’est un parallèle que j’avais trouvé intéressant pour ma spiritualité. Il y a une grosse base qui est restée inchangée depuis mon éveil. C’est ce terreau là qui soutient mes racines et finalement je n’ai vraiment pas besoin de plus, mais le préciser est un travail qui m’est maintenant nécessaire, j’en parlerais plus tard.

Pour le moment je continue de ne rien chercher. Je n’attends pas non plus, je laisse les choses venir et se faire. Ma spiritualité se résume à des pratiques basiques qui me sont indispensables, salutaires, et qui me ressourcent énormément, à savoir : la méditation sous plusieurs formes (assise, en marchant, des phrases, un paysage, un détail de la végétation etc), des lectures précises, mes sorties en forêt. Beaucoup d’autres choses gravitent autour mais je les retiens car je sais que ma capacité à faire 36 choses à la fois est comme les sacs sans fond, on en voit jamais le bout et c’est aussi une des constantes qui provoque cet éparpillement. J’apprends la parcimonie, j’apprends la modération et je pense que se sont deux notions qui sont extrêmement importantes en spiritualité, en tout cas dans la mienne. Plus je déblaie, plus je créé de l’espace, plus les choses respirent et s’embellissent. Pour ne donner qu’un exemple, comme tous les amoureux transis de la nature, j’ai tendance à amasser quantité de petites trouvailles et ne plus savoir quoi en faire au final. J’apprends à comprendre ce qui est important de garder avec moi, que se soit « pour toujours » ou pour un temps donné. Ceci parmi beaucoup d’autres exercices me permet de rester sur mon chemin et de ne pas aller trop souvent dans ceux qui sont creux.
Je reprendrais certains travaux que j’avais commencé bien trop hâtivement, faire un petit pas à la fois que c’est difficile quand on se laisse entrainer dans l’entêtante course et idéologie de la rapidité. De ce silence intérieur se dégage beaucoup de choses au fil du temps, que je note pour pouvoir vous en reparler plus tard, il est vrai que lorsque l’on se tait on entend enfin d’autres voi(es)x qui étaient jusqu’ici recouvertes de bruits et de chants de sirènes.

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4 Comments

  • Reply
    Célie
    24 août 2014 at 22 h 24 min

    J’en parle dans la lettre que je viens de t’écrire, mais il faut vraiment, si tu le peux, que tu lises ce livre: http://www.amazon.fr/Journey-Dark-Goddess-Return-Your/dp/1846946778

    • Reply
      Löu
      25 août 2014 at 7 h 25 min

      Merci, je me le procure dès que je peux =)

  • Reply
    Valiel
    25 août 2014 at 13 h 46 min

    Un article d’un caractère intime acéré. Bouleversant.

    • Reply
      Löu
      25 août 2014 at 14 h 52 min

      Oh, merci beaucoup <3

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