Songes au clair de lune. Manifesto.

Je ne sais pas pour vous mais cette pleine lune est très forte pour moi. Ce week-end j’ai été prise d’insomnie et il n’y a vraiment qu’elle pour arriver à me faire ça ! Je ne suis pas arrivée à me coucher avant 1h00 du matin et même dans le lit j’étais éveillée comme s’il était huit heure. Un des seuls points positifs avec notre appartement actuel c’est que la pleine lune arrive directement sur notre fenêtre, je peux la contempler à loisir tout en étant couchée au chaud. Ces deux derniers jours j’ai beaucoup pensé à ma spiritualité, à mon parcours, à ce que tout cela voulait dire pour moi. Je me suis dit que se serait peut-être bien d’en parler ici, les chemins des gens qui cherchent sont si différents et enrichissants qu’il y a toujours à apprendre quelque chose. Je ne prétends pas pour autant que mon parcours est incroyable mais comme je crois à l’inter-connection je sais que maintenant, ou dans un mois, un an, 10 ans (si ce blog est toujours actif) ça parlera à quelqu’un.

Pour commencer je ne me rappelle pas de grand chose avant mes 7 ans suite à un traumatisme personnel. Les choses ont débuté, comme certains le savent, dès que nous avons aménagé dans un petit village entouré de forêt. Je savais que je ne croyais pas en Dieu et que la religion ne m’intéressait pas du tout d’un point de vue dogmatique, en revanche j’ai toujours eu énormément de curiosité pour l’art religieux qui m’effrayait la plupart du temps, je sentais qu’il y avait des choses au-delà du catholicisme, mais je ne savais pas comment ça s’appelait. Pour le reste, le petit peuple, les mythes, légendes, les croyances proches du monde rural actuel et ancien ça oui ça a toujours été là sans que je sache s’il y a jamais vraiment eu un début. C’était en moi et je ne me posais pas la question de savoir si c’était “vrai” d’une quelconque manière. La forêt, la mort, la souffrance, l’émerveillement, tout était imbriqué pour moi et tout faisait parti d’un tout, on ne pouvait pas avoir l’un sans l’autre. Mais c’était quelque chose de si profond intérieurement que jamais je n’aurais pu expliquer si on me l’avait demandé. Sans le savoir, sans m’en rendre compte, j’avais conscience de quelque chose de plus grand, mais qui pour moi n’avait pas de nom, pas de visage, pas de conception humaine.

J’ai rejeté Dieu, la période rebelle par excellence, on écoutant seulement le discours des autres, adultes et jeunes, et non mes sentiments et sensations. Car malgré mes paroles et pensées virulentes, j’étais clairement coincée car cette fascination pour le monde religieux grandissait et a pris une ampleur significative dès que j’ai commencé mes cours d’histoire de l’art. C’est ainsi que je peux définir ce qui a bercé la plupart de ma vie spirituelle : d’un côté le dégoût pour la religion humaine, de l’autre une profonde admiration/fascination/attirance pour la religion symbolique et sensorielle. Dur de s’y retrouver quand on a 15 ans !
Finalement, je crois que j’ai toujours pensé à ça, la spiritualité était omniprésente. J’avais un côté de mon cerveau qui vivait la vie d’une ado, l’autre était connecté sans discontinuer à tout ça, je réfléchissais, j’y pensais, sans m’en rendre vraiment compte. Je ne connaissais pas les tarots, les pendules, je n’étais jamais entrée dans une boutique ésotérique. Tout ce côté là je l’ai connu beaucoup plus tard.

Les toutes premières spiritualités concrètes auxquelles je me suis intéressées furent celles des amérindiens. Ma chambre était un vrai repère. Des posters partout, des musiques, des choses que je fabriquais moi-même en perles, des livres encore et encore. J’ai vraiment beaucoup lu pendant cette période, malheureusement je ne sais pas où ces livres ont fini. Je les choisissais soigneusement : que des légendes, mythes, biographies (celle de Mary Crow Dog a été, à mes 12 ans, juste incroyable et m’a ouvert très tôt les yeux sur les conditions de vie des tribus “modernes”). Je ne voulais pas de livres écrits par des intermédiaires, je voulais la vérité, je voulais les origines. Puis un jour, tout s’est effacé, j’avais appris d’eux ce qu’il fallait et je n’y ai plus jamais remis les pieds.

Au lycée je suis passée par une phase bouddhiste/zen. Pas très longue mais assez pour me marquer à vie et m’ouvrir les portes d’un monde et de pratiques que j’ai vite laissé tombées pour y revenir seulement depuis peu. Je savais que c’était un gros pavé et que je n’étais pas prête ou ça.

Ensuite, à la fac, j’ai rencontré une personne qui a fait basculer ma vie. C’est ainsi que ce devait être et je ne regrette pas une seule seconde tout ce que j’ai vécu, même si ma famille en a beaucoup, beaucoup souffert. Je suis devenue mormone (je n’ai pas lu l’article de wiki, il peut y avoir des choses fausses dedans) pendant quelques années, j’ai renoncé à tout. Avec tout ce recul maintenant je peux dire que j’ai vécu comme si j’étais extérieure à moi-même. Car je savais que ce que je faisais ne me correspondait pas, pourtant j’ai continué. Pourquoi ? Parce que je voulais savoir, je voulais connaitre, je voulais trouver quelque chose. J’ai eu quelques expériences que je garderais toujours précieusement en moi comme celle-ci par exemple :

Le père de mon mari de l’époque était vieux mais bien alerte, très cultivé, je le voyais comme un sage. Un soir que je n’allais pas bien nous sommes allés nous isoler dans sa chambre et il m’a fait une imposition des mains, c’est à dire qu’il a posé ses deux mains sur ma tête. Il s’est concentré et a simplement fait une prière pour que je me sente mieux, il a parlé à Dieu. Pendant ce temps là, dans le calme de la pièce, sentant la chaleur qui irradiait de ses mains, j’ai soudainement entendu ou j’ai plutôt senti cette voix qui m’a dit “Garde moi dans ton cœur”. Ce fut un des rares moments où je suis certaine d’avoir eu une interférence avec un autre monde, car je sais que cette voix venait de quelque part. Moi je pense que c’est Dieu, ou Jésus, d’autre pourrait dire selon leur croyance que c’est un de mes ancêtres, ou personne. Mais cette phrase a été un des déclencheurs majeurs de mes croyances d’aujourd’hui, à savoir que nous sommes notre propre dieu et que quelque part il y a autre chose. Ce souvenir, que je n’ai raconté qu’à une personne ou deux, j’avais envie de le partager avec vous, car je me dis que peut-être et même sûrement, beaucoup de choses similaires arrivent et nous n’en parlons pas assez.

Par la suite j’ai quitté ce monde étriqué, le mormonisme, fait de codes et de règles qui auraient pu convenir à quelques siècles en arrière mais clairement pas de nos jours. Ces choix imposés, cette morale hypocrite, ces histoires sur Dieu et Jésus, je ne croyais en rien. Ils n’étaient pas mon Dieu ni Jésus tels que je les ressentais. J’avais à tout moment l’impression d’être dans une série américaine dès que j’allais à l’église, tout me semblait faussé.

Plusieurs années après, au beau milieu de la nuit, dans un appartement parisien miteux dans le quartier des prostituées, j’ai fait un plongeon dans le monde du silence. Comme je l’ai déjà dit dans d’autres articles, le monde des moines et des nonnes m’est tombé dessus, me faisant comprendre, un petit peu, pourquoi je me sentais depuis toujours si bien dans les lieux de cultes. J’étais aussi en même temps en pleine découverte du web ésotérique, mais toujours pas des outils.
Le problème du dénominateur est alors arrivé. “Je suis wiccane, je suis prêtresse, je suis sorcière, je m’intéresse au chamanisme, je m’intéresse à l’alchimie etc” .. moi dans tout ça ? J’hallucinais les yeux tout rond devant mon écran. Qui étaient ces gens ? Et moi, qu’est-ce que j’étais ?

J’ai vaguement fait un tour vers la wicca en comprenant très vite que ce n’était absolument pas fait pour moi, ni l’éclectique ni les autres. Je suis trop un électron libre pour ça. Les autres trip ne m’intéressaient pas, je voulais du concret, je voulais ressentir.

Plusieurs années de conflit intérieur, de questionnements, de mode caméléon, de “je ne suis pas ça mais j’aimerai bien quand même parce que c’est cool”. Dans chaque domaine où je mettais les pieds, ça n’allait pas. J’avais l’impression de me perdre de plus en plus. Je ne me reconnaissais pas, je ne me connaissais pas, tantôt j’avais l’impression d’être complètement bipolaire limite schyzo, et dans de rares moments de clarté je me disais à moi-même “what the hell is going on ??”. Au final j’avais l’impression d’assister à une grande comédie, une pièce de théâtre où je prenais avec aisance tour à tour plusieurs visages, je me laissais entrainer dans la danse …

Je pense qu’on peut honnêtement dire que j’ai été perdue pendant 7 ans. Ça a l’air beaucoup, en même temps ce n’est strictement rien en comparaison de tout ce qui m’attend encore. Mais oui, ces 7 années on été très violentes, faites le plus souvent de déchirures, de désespoir, d’amère solitude, d’envies peu recommandables, d’un profond malaise intérieur. Le tout entrecoupé de périodes de vide intersidéral concernant la spiritualité. Mais toujours, toujours, j’y suis revenue. Ça a été la seule constante de ma vie.

Et puis un jour, j’en ai eu marre. Marre comme lâcher tout, les personnes toxiques, les questionnements toxiques, marre comme tout envoyer en l’air, faire un gros doigt d’honneur. A qui ? Probablement à moi-même avant tout. La seule chose qui avait un sens était celle-ci : je devais accepter. Ce que j’étais, ce que je ressentais, même si c’était en apparence contradictoire, je ne devais pas avoir peur. Lâcher prise, encore et encore, tourner le dos à tout et simplement diriger le regard vers un point flou. Focus.

Là très vite les choses se sont enchainées. Parce que je m’écoutais. Ma spiritualité s’est mise en place et tout le reste dans ma vie a pris en sens totalement nouveau. Et tout correspondait, tout allait en direction du même chemin caillouteux. J’avais quitté le sentier balisé. Je me suis rendue compte d’à quel point tout ce à quoi je m’intéressait était l’opposé de la “masse” éso et spiritu’.

Toutes ces choses m’ont amené vers ceci : la connaissance de mon propre être et l’interaction énergétique universelle. Deux piliers qui sont le fondement de mes croyances. Alors ouai, on peut dire qu’il y en a eu des détours, des bordels incommensurables, des n’importe quoi, mais c’est ça la spiritualité. Ça tombe pas tout cuit dans le bec, on se réveille pas un jour en se disant “on mais tiens mais c’est bien sûr ! je suis ça, ça et ça, et je crois en ceci et cela.” C’est un processus très, très, très long, douloureuxchaotique, névrotique, et en même temps fabuleux, fait d’émerveillements, d’épiphanies (qui peuvent totalement être douloureuses), de prises de conscience que les mots ne peuvent pas expliquer, de choses que l’on sait sans pouvoir l’expliquer, c’est frustrant, plus que frustrant, mais il y a un langage commun qui nous permet de nous comprendre.

Ma spiritualité, contrairement à ce que pense ma mère et qu’un jour il faudrait que je lui en touche deux mots, c’est ce qui m’a permis entre autre d’être assise sur ma chaise à cet endroit précis et à ce moment précis. C’est toute ma vie, toute. Il n’y a rien de dissociable, il n’y a pas la Lou spirituelle dans son appart et la Lou “normale” quand elle en sort. Ce n’est pas une lubie, ce n’est pas un trip infini, ce n’est pas un échappatoire. C’est une construction de l’être à chaque instant. Ou alors tous les plus grands philosophes, gurus (dans le bon sens du terme), penseurs, religieux, depuis des millénaires, ont tous bouffé une gigantesque omelette aux champignons hallucinogènes et n’ont dit et écrit que des conneries jusqu’ici.

Je préfère dire qu’ils ont chacun touché une partie de l’essence de la vie. Je continue ma route, qui sait ce que je pourrais raconter dans dix ans …

6 thoughts on “Songes au clair de lune. Manifesto.

  1. C’est ouf ce que tu partage là , ça remue les boyaux ce parcours.C’est énorme et ça remets en mémoire comme tu le dis , à quel point un parcours de vie, un parcours spirituel sont liés .Enfin même pas , tout ça s’infuse en même temps.Ca prends du temps aussi.Construire petit caillou par petit caillou , se paumer, envoyer tout chier, puis revenir à son ouvrage.Bref te lire me fait beaucoup cogiter ^^.

  2. Merci beaucoup pour ce beau partage de ton cheminement ! 🙂 C’est beau de te lire. C’est fou, dès que l’on s’écoute, tout prend sens ! Pourquoi on ne nous apprend pas ça à l’école ??

    1. De rien et merci pour tes gentils mots =)
      Ha ça c’est la grande question ! Pourtant on aurait tout à y gagner. Et si on a pas une famille, en plus, qui va dans ce sens, c’est foutu quoi 😛
      Mais je pense que les gens prennent de plus en plus conscience de cette écoute intérieure qui doit être faite et qui doit prendre plus de place dans leur quotidien, c’est déjà ça ! =)

  3. Putain il est hyper dense ton article…. et génial évidemment 😉 Mais c’est chaud à commenter ! Y aurait tellement de choses à dire.

    J’assiste ici à des révélations super intéressantes. Cette description tellement “vraie”, du phénomène coupé en deux, entre ce qu’on nous montre de religieux, et ce qu’on peut ressentir au plus profond. Quand on est jeune, j’ai l’impression qu’on est très sensible à la recherche du sacré, en tout cas, dans une forme évidemment différente malgré tout, je me suis retrouvée dans ce que tu dis. La façon que j’avais de parler à Jésus et à Marie, alors que je n’avais reçu aucune éducation religieuse, et que je ne croyais pas en Dieu… Ca explique beaucoup de tes questionnements, des paradoxes. Je trouve que c’est quelque chose de dur à vivre cette coupure. Et c’est impressionnant de voir à quel point ça a été ton moteur, combien ça t’a poussé toute ta vie à trouver des réponses ! Une quête de sens.

    J’ai été super touchée par le passage “central” entre “”, où tu parles de certains choix que tu as faits, des expériences difficiles. Pas facilement compréhensibles peut-être pour d’autres, mais tu montres que cela était un réel choix je suppose, que c’était une recherche, et qu’aussi difficile que ça ait pu être, comme tu en as retiré des réponses importantes.

    J’aime que tu exprimes cette idée de “ressentir”, que j’avais commencé à comprendre il y a… un an ? Quand j’ai commencé à te parler de “feral”, mais qui est plus naturel, et je ne savais pas exactement ce que toi tu voulais ressentir.

    Et cet événement, cette voix que tu as entendu… c’est TRES fort.

    Le passage sur le silence m’a fait sourire, car c’est vraiment quelque chose qui fait partie de toi, ça m’a toujours impressionnée. Et bien que ça soit différent, une chose que je partage aussi. Rire, parce que j’ai posté quelque chose récemment, je n’avais pas vu ton article. ^^

    Et l’autre truc fou aussi, c’est l’idée que tu as été perdue pendant 7 ans. Moi ça me choque pas. Je trouve ça pas beaucoup en fait lol. Et quand je regarde les gens autour de moi…. j’ai l’impression que beaucoup sont perdus c’est juste qu’ils ne se l’avouent pas. Je n’en parlerai pas ici, mais j’ai un vécu particulier et j’ai un repère similaire, donc forcément, ça m’a fait quelque chose.

    Bon, et je vais m’arrêter là. :p

    1. Ha nan mais faut pas s’arrêter !! 😛
      Moi j’adore lire tes commentaires parce que souvent ils me permettent de voir certains trucs autrement ou plus en profondeur, mais je me suis dis que t’allais mettre 100 ans à le commenter celui-là 😛
      Merci en tout cas. Cette coupure du religieux comme tu dis justement, selon moi elle mène à deux choses : soit à être aigri toute sa vie à propos de tout ce qui touche à la religion et avoir des œillères monstrueuses en plus de monumentaux préjugés, soit de partir en quête toute sa vie.

      Mais oui, c’est dense, c’est complexe et je suis sûre que j’ai oublié des tas de trucs ^^ Mais l’essentiel est dit.

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