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Le grand silence

Le grand silence est un documentaire que j’ai pris le temps de déguster. Je ne l’ai pas regardé d’un trait, des coupures de plusieurs semaines voire mois m’ont permises, je pense, de mieux apprécier ces moments de silence et de contemplation. Avec les moines j’ai traversé plusieurs saisons.
Il est très difficile de mettre en mot ce que l’on peut ressentir à travers ce genre de documentaire qui demande une introspection particulière et qui déclenche des sensations et émotions qui sont si profondes et éphémères à la fois qu’une fois que l’on veut les décrire on ne s’en souvient presque plus.

Le cinéaste précise ses intentions à propos d’un film qu’il définit comme une « expérience » : « Le projet initial a été écrit en 1984. Je l’ai relu avec une vision nouvelle lorsque le monastère m’a contacté en 1999. Un film qui reflèterait les origines archaïques, le fondement même de notre culture. Et surtout la conformité entre le contenu et la forme. Ici, cela semblait possible. Possible de créer le monastère lui-même pour 160 minutes à l’intérieur du spectateur. Faire un film qui serait une expérience. Un objet dans le temps (…) Le film montre le changement du temps, des saisons et les éléments du quotidien sans cesse répétés. Des visages. Un monde très physique (une tranche de pomme, des repas apportés en cellule…). Des moines qui prient. Le monde physique et la réclusion loin du monde. Vingt et un ans après ma première idée, j’ai terminé ma méditation cinématique, un voyage à travers 160 minutes de silence presque absolu. »

Ce monde physique on le ressent effectivement, le cinéaste s’est beaucoup attardé sur la peau notamment, le visage, les mains. Je me souviens de ce plan hypnotique d’un très vieux moine qui n’a plus que la peau sur les os. Au départ on peut être surpris voire dégouté, choqué par la maigreur mais très vite une sorte de tendresse de fascination également surviennent, cette peau parcheminée raconte une histoire, le réseau de veine vert-bleu transporte une mémoire …

Le cinéaste ne prétend pas tout dire sur le quotidien des chartreux, son objectif est tout autre : « Mon film n’a pas la réponse à toutes les questions », reconnaît-il. « S’il suscite l’intérêt du spectateur, celui-ci pourra surfer sur internet et faire ses propres recherches. Aujourd’hui, on croule sous l’information. Ce qui manque, et c’est ce que chacun doit trouver par lui-même, c’est la signification des choses. Mon film veut également être un film sur le spectateur lui-même, sur ses perceptions, ses pensées. Il devrait se concentrer sur lui-même. C’est également un film sur la contemplation. » C’est aussi pour cette raison qu’il n’a pas souhaité ajouter de commentaires : « On ne peut pas utiliser le langage pour décrire un monde qui évolue aussi loin des mécanismes du langage. Les moines s’évertuent à approfondir leur connaissance des choses. Je ne peux que souhaiter que le spectateur expérimente également la même chose. Mais ça ne peut pas fonctionner si j’offre des explications à tout ce qu’il voit. »

Cette absence de voix off a pu en rebuter certains, regarder un film silencieux relève un peu du défit de nos jours où l’on se prend des centaines d’images à la minutes, où le son est majoritairement toujours trop fort et où les couleurs sont loin d’être naturelles. Ici les tons oscillent majoritairement entre les spectres de marron, de blanc, de gris et de noir. reposant pour les yeux et pour l’esprit seul le silence, les sons de cloches, les chants et les sons de la nature caressent nos oreilles. Quelle paix !

Plusieurs fois un élan irrépressible de tendresse m’a étreint le cœur en voyant ces moines mais aussi un élan irréversible d’aller à leur rencontre et d’expérimenter leur quotidien. Un jour, je sais que j’irais dans un monastère faire cette retraite tant attendue. Ce silence que j’entends, qui me parle, qui m’appelle cette solitude, cette parenthèse du monde dans le monde est un peu ma coupe à laquelle je boirais l’eau pure des sources de montagne.

Quelques rigolades surviennent rappelant que l’on oublie trop souvent que la joie fait partie de leur quotidien. Être moine ce n’est pas refuser les plaisirs simples de la vie et que dire du rire que l’on ne peut arrêter une fois qu’il a traversé les lèvres. Austérité ne rime pas avec tristesse.Un film que je recommande à tout ceux désireux de connaitre pendant quelques heures une partie de la vie des chartreux, ceux qui ont un besoin impérieux de silence, celui si particulier des monastères. Une parenthèse délicate et la bienvenue pour souffler, respirer et ralentir.

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1 Comment

  • Reply
    Naedune
    1 janvier 2013 at 20 h 15 min

    Oh quelle belle découverte.Je m’en vais à la recherche de ce documentaire.Ces ambiances de silence profond , de vie simple, me touchent en plein coeur.Et puis les moines chartreux et leurs si sublimes liqueurs tout de même.Tu le dis si bien, maintenant si on nous tient pas le crachoir en permanence, que ça soit dans la vie ou dans les films, ou se sent perdu.J’aime parfois être avec quelqu’un de proche , et ne pas forcément parler.Ressentir le moment est souvent encore plus profond.B

    Belle soirée à toi 🙂

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