Petite vie de Saint Bruno

 

J’entame ici le début d’une nouvelle catégorie de livre sur laquelle je ne m’étais alors jamais penchée jusqu’ici. Comme précédemment dit, j’aimerai approfondir ma connaissance du monde, d’un certain monde, chrétien.
Je suis tombée sur ce livre justement en plein dans mes réflexions, coincé au milieu de grands ouvrages à petit prix. Il s’agit d’une vieille édition de 1990, elle n’est plus disponible sur Amazon.
 
 
“Bruno est né vers 1030 à Cologne. Après une adolescence studieuse, il devient à 25 ans “écolâtre” à Reims où il enseigne la théologie. C’est un maitre aimant “qui désire aussi être aimé”. Mêlé aux luttes de l’Église contre les abus de l’époque, il y montre sa force d’âme et son respect des personnes. En 1084, pressé par l’amour divin, il se retire avec quelques amis dans la solitude de la Chartreuse pour contempler la bonté et la grandeur de Dieu. Après un bref séjour à Rome, où Urbain II son ancien élève l’avait appelé, il fonde un nouvel ermitage en Calabre. Il y meurt en 1101 montrant, au milieu des épreuves, la paix d’un cœur “brûlant d’amour”.Je l’avoue c’est le passage au sujet de la Chartreuse qui m’a donné envie de le lire. Pour l’avoir visitée une fois, j’en garde un souvenir très particulier où probablement quelque chose s’est réveillé au sujet de la vie monastique et de la retraite.
C’est un ouvrage court d’une centaine de pages avec quelques iconographies en noir et blanc. La vie de Saint Bruno n’a à première vue rien de bien particulier je pense que ce que l’auteur a voulu nous montrer c’est sa constance envers ses élans passionnés et sa lutte contre un clergé qui déjà était hélas aisément corruptible. J’aime ces hommes qui lorsque dans leur propre maison, que se soit leur église, diocèse, ou que se soit la maison dans le sens de l’Église, vont à contre courant guidés seulement par la foi qui les anime, inébranlable et imperturbable. Peu importe le dieu, je trouve ça merveilleux.
Lui voulait simplement pouvoir se retirer dans “le désert” c’est à dire un endroit reculé et isolé (pas forcément le désert de sable), contempler et laisser les longues heures s’écouler au fil de ses prières, ses lectures, ses travaux de copie. Il souhaitait tout simplement être libre de suivre ses élans, sans être étriqué dans des codes et des règles qui ne permettaient pas à l’esprit de s’envoler.

Deux passages que j’ai particulièrement apprécié :- ” La vie solitaire commence en ces jours d’automne 1084. Ce qui frappe, c’est sa simplicité, sa spontanéité. Bruno a médité longuement les Règles anciennes, les Pères du désert. Chez ces hommes, quelle spontanéité ! Quelle liberté ! Ils donnent les grands principes de la vie monastique et, pour le reste, ils font confiance à ceux qui sont venus chercher Dieu dans la solitude. C’est à chacun de fixer ces mille détails qui forment la vie quotidienne, mais de les fixer dans la liberté, libre de les changer quand le bien spirituel le demande, ou parfois le simple bon sens. Point de coutumier où tout est réglé et où l’on semble mettre sur le même plan les choses les plus profondes et les détails les plus futiles. Ce qui frappe, c’est la liberté, cette liberté qui est facteur de joie, parce qu’elle épanouie les cœurs.”

– ” A certaines heures un désir le prend d’un silence plus profond encore, il s’enfonce dans la forêt pour se trouver seul devant la face de Dieu. Ce que Bruno désire alors, c’est trouver enfin le désert comme jadis Élie, c’est monter sur le Sinaï solitaire pour voir l’Être divin, Le posséder Lui-même. Et ce désir est comme une mort. Il ne reste plus alors à l’âme que son Dieu mais Celui-ci se montre toujours plus lointain, plus inaccessible, plus étrange. Son aspect devient de plus en plus fragile, de plus en plus cristallin. Mais comment décrire cette beauté ? Notre vision se perd dans la transparence et la lumière de l’éternelle jeunesse de l’Être. Alors, il n’est plus donné que d’entendre ce mot : “Je suis Celui Qui Suis”. L’âme embrasée par le désir de son amour veut saisir son Dieu mais il ne lui reste que l’étreinte douloureuse de la foi, car Il ne se montre que pour mieux se faire chercher. Il reste toujours le Tout Autre, Celui dont les desseins nous déroutent, Celui qu’on ne peut voir sans mourir. L’on comprend alors qu’il faut vivre cette foi et se taire, qu’il n’y a pas de commune mesure entre Lui et nous, qu’Il a compassion de qui Il veut et pitié de qui bon Lui semble.”

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