L’art de la simplicité

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L’art de la simplicité est un livre qui m’a malheureusement déçue à plus d’un titre. Si l’on peut saluer le projet initial de la part de l’auteure qui était de faire comprendre aux lecteurs qu’une vie simple rend bien plus heureux, le fond en revanche est assez contradictoire. Le livre se décline en 3 parties : habitat, corps et esprit. Pour ma part j’aurais trouvé plus judicieux de commencer à l’envers, par l’esprit, le corps et enfin l’habitat. Il faut d’abord comprendre le cheminement intérieur, la pensée du moment présent et du moindre pour le plus avant de commencer à s’occuper de son foyer. La partie sur l’esprit est claire mais manque de profondeur et de consistance, les thèmes sont simplement survolés. Si vous souhaiter approfondir ce mode de pensée mieux vaut lire des ouvrages de référence asiatiques ainsi que ceux de différents mystiques.

La partie habitat est celle qui m’a vraiment laissée perplexe. Je n’ai pas compris le discours de Loreau qui tend à se contredire plusieurs fois au fil des pages. Premièrement selon elle, le minimalisme coûte forcément cher et n’est bien réalisé qu’avec des objets luxueux. Le confort et la qualité sont deux créneaux importants, mais en aucun cas forcément apparentés au luxe. Du cachemire, du cristal, des couvert en argent .. pourquoi faire ? Pour avoir peur de tout le temps les casser et de penser à la fortune qu’ils ont coûté ? Les matériaux nobles le sont grâce à la valeur qu’on leur donne personnellement. Une belle tasse en céramique ou en porcelaine à un prix tout à fait raisonnable suffit largement par exemple. C’est avant tout le soin que l’on porte aux objets qui permet de les faire vivre plus longtemps et non pas leur valeur monétaire. J’ai trouvé ce discours très décalé par rapport à notre société actuelle (le livre a été publié en 2005), avec l’esprit même du zen ou du tao dont elle parle pourtant. Lorsque j’ai lu les premières pages et cette insistance sur le luxe et le prix des choses j’ai immédiatement fait le rapprochement avec des documentaires que j’avais vu sur le Japon. Les femmes japonaises – autant que chinoises – qui vivent dans un milieu aisé à très aisé sont folles du luxe, elles ne jurent que par ça. Rien n’est mieux qu’un Gucci, D&G, Hermès et j’en passe. Peu importe le prix, elles peuvent débourser 500 à 1000 euros à Paris pour un sac, peu importe qu’il soit pratique tant que la marque est dessus, bien visible de préférence. Loreau vit depuis 30 ans environ au Japon, à travers ses écrits on sent très nettement ce décalage.

Selon l’auteure il ne faudrait pas acheter du provisoire mais immédiatement investir dans une pièce de qualité (donc, toujours selon elle, forcément chère). J’aimerai bien voir la tête d’un étudiant qui gagne à peine de quoi payer son appartement et ses courses devant un tel discours. Que fait-il en attendant de s’asseoir sur le canapé “de qualité” de ses rêves ? Il s’assoit sur du carton ? 
Que faut-il comprendre à travers ce livre ? Que l’art de la simplicité n’est pas réservé à tous mais seulement à ceux qui ont les moyens ? Comment apprendre à se déposséder des choses petit à petit si chaque pièce ressemble à un intérieur du Plaza ?

A travers les pages on passe systématiquement d’un discours sur le luxe versus simplicité. On passe d’un “les matières les plus simples avec le temps prennent une valeur esthétique sublime” à “achetez du cristal de Baccarat”. Rien n’est constant, le lecteur est balloté entre ces deux visions du minimalisme et j’ai eu la très nette sensation qu’elle se perdait elle même dans ses pensées. C’est très décousu, brouillon et très léger. 

En ce qui concerne les petites astuces parsemées de ci de là je ne les ai pas trouvées particulièrement innovantes et que dire de la partie sur le corps. On y trouve des recettes dignes d’un Femme Actuelle, que l’on peut dénicher sur n’importe quel site internet ou forum. De plus, ses conseils ne sont absolument pas adaptés pour tout le monde (type de peau etc).Je n’ai là non plus rien appris de nouveau …
Ses conseils sur les couleurs sont assez déroutantes : selon elle, les couleurs fatigueraient la vue (!), il ne faudrait avoir que du noir, gris et blanc. Pourtant un superbe vert d’eau, un bleu transparent sont source d’apaisement et rendent une pièce gaie. Si ce sont des couleurs criardes et violentes, à la limite, mais dans ce cas là il aurait fallu le préciser.

L’art de la simplicité peut, pourquoi pas, être une entrée en matière première (mais il ne faudrait avoir jamais rien lu sur le sujet auparavant et ne rien connaitre de la pensée asiatique) pour ceux s’intéressant au minimalisme mais il ne faudrait surtout pas rester sur ce seul ouvrage. Il contient quelques astuces qui peuvent permettre de démarrer mais tout comme les recettes en cosmétologie, on peut aisément les trouver sur le net en cherchant un peu.

J’ai souligné 2/3 fois une ou deux phrases qui sonnaient justes et qui étaient pertinentes, dommage que je n’ai pas eu à le faire pendant toute ma lecture.
Ce n’est pas un ouvrage que je recommanderais et si j’avais eu connaissance du contenu en détails avec quelques extraits je ne l’aurais pas acheté non plus.

Ce qui m’aura rendue sans doute la plus perplexe c’est le décalage énorme dans son écriture et son mode de pensée entre L’art de la simplicité et Aimer la pluie, aimer la vie, qui au contraire du premier ouvrage est une pure merveille. J’ai bien hâte de vous parler de ce dernier pour éclipser cette mauvaise rencontre.

(le commentaire à une étoile sur Amazone donne quelques exemples de contradictions que l’on peut trouver dans le livre.)

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